07 mai 2008

Le sang, la sueur et les charmes

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Du fessier fourbu aux biceps repus il n'y a qu'un pas que je ne saurais franchir. Car si la salle de sport rime avec camp d'amaigrissement pour moi, elle est l'antre du biscotto pour presque tous les autres. J'y transpire, goutte comme une vieille serpillière qu'on essore après avoir fait le sol un lendemain de cuite. J'ai l'impression d'être le seul à y faire fondre ma graisse, perdu entre deux pépés qui viennent y rompre leur solitude et faire un poil d'exercice. Entre Adonis et égéries musculeuses j'ai du mal à y trouver ma place. Je ne dis bonjour à personne, enfonce mes écouteurs au plus près de mes tympans, monte sur le rameur, et je rame, je sue, je rame, je m'égoutte. Miroir, mon beau miroir dis moi qui est la plus belle. Elles se toisent les unes les autres, arborant une façade complaisante autour d'un café, mais dégomment la première minette qui quitte les lieux à la va-vite. Les filles zieutent les culs, les mecs zieutent les culs, tout le monde regarde le cul de tout le monde. Et son nombril. Maillot de corps, brassière, des tranches de bidoche sont à vendre, c'est la foire aux bestiaux. On fait saliver la petite dernière de la bande, comme pour lui faire comprendre qu'elle va en chier pour perdre son petit embonpoint. L'autre jour, un minet maigrichon s'est installé sur le rameur à côté du mien. Il était en perfecto (!?!) et dégageait une forte odeur d'eau de toilette répugnante. Je crois qu'il avait pris au pied de la lettre le slogan, "plus t'en mets, plus t'en as". Lorsqu'il a agrippé la poignée du rameur, j'ai cru qu'il allait y laisser ses bras, qu'il allait se démantibuler, étaler ses membres au quatre coins de la pièce. Au bout de deux minutes il était rincer le gringalet. Il s'est levé, a jeté un regard furtif dans la glace pour voir si ses cheveux n'avaient pas bouger. J'ai bien cru qu'il allait sortir son peigne. Mais n'est pas Fonzy qui veut. Du côté de la salle de muscu, ça papote. Les grands gaillards soulèvent de la fonte, hagards. On dirait qu'il y a pas mal d'anciens militaires qui glandent ici pour ne pas subir un affaissement gélatineux de leur masse musculaire, acquise au temps béni des colonnies (à toi Michel...). Ils sont tout le temps là, à chaque fois que je viens. Et le plus étonnants, ils ne transpirent jamais. Ils dissertent sur la dernière paire de godasse de machin et toutes les dix minutes pause. Ils se postent dans l'embrasure de la salle de cours pour reluquer les gonzesses qui s'échinent sur Bob Sinclar. Une lueur concupiscente dans l'oeil, ils se jettent un petit regard complice Genre : "t'as vu comment elle est bonne elle!!" Ensuite, je les soupçonne de filer à la douche pour aller se pignoler doucereusement. Ils se connaissent tous et moi je ne connais personne. Parfois, une fille m'adresse un sourire, sa tête dodeline et si aucun mot ne sort de sa bouche, je lis sur ses lèvres qu'elle entonne du Madonna. Elle roule du cul juste devant mon nez. Par politesse, je lui rends un timide sourire, et continue à suer dans mon t-shirt Kronenbourg. Trempé jusqu'aux os, à faire des abdos, je fredonne à voix haute : "Mais qu'est-ce qu'on attend pour foutre le feu." Je suis là pour mincir, pas pour devenir un vulgaire tas de muscle. A chacun sa merde.

28 avril 2008

L'amour ça craint, ça fait grossir

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Je le vois sur les photos. C'est évident. Ce petit collier grassouillet qui enlace mon menton, ce bidon replet qui se dandine au dessus de la ceinture de mon jean. J'ai grossi. A vue d'oeil. J'ai pris une taille de pantalon, changé de lettre d'alphabet quand j'achète un t-shirt ou une chemise. Quand je me regarde dans la glace, je rentre le ventre, j'ai l'impression que ça va, mais sur les photos, c'est une horreur. "Je suis comme ça dans la vraie vie de tous les jours?", que j'ai demandé à ma meuf. "Ben ouais." Pas un mot de réconfort rien. Je m'en tape, elle aussi elle a grossi. Et le coupable est le même. Il paraît qu'on appelle ça l'amour. C'est quand j'ai la flemme de cuisiner, que je rentre tard du boulot, je l'invite au resto. Je lui dit "Viens, on va bouffer une salade, je t'invite." Et je me retrouve à becter une entrecôte avec une ventrée de frites et un bol de sauce béarnaise. Le tout ponctué par une crème brûlée ou une glace surmontée d'une montagne de chantilly. Si j'avais été célibataire, je me serais fait une misérable assiette de pâtes au beurre. Je l'aurais avalée en matant la téloche, Denisot ou une connerie comme ça. Et j'aurais fini avec un yaourt nature. Sans sucre, parce que la flemme de me lever pour aller en chercher jusqu'au placard au-dessus de l'évier. Pour les petits déjeuners, c'est pareil. Au lieu d'avaler une grande tasse de café en relevant mes mails, je l'emmène se gaver de croissants et de pains au chocolat à la terrasse d'un café de bord de mer. On lit les journaux. On prend deux cafés. Et une heure plus tard, on remange parce qu'on avait oublier que son père et sa mère nous avait inviter à déjeuner. C'est reparti pour une farandole de rôtis, de tartes et des frites, encore des frites. Et Josiane, qui me dit : "Tu vas bien en reprendre un peu Antoine?" Je ne peux lui faire l'affront de refuser, sinon derrière, c'est une heure de tractations et de "mais tu sais, il faut manger pour prendre des forces." Oui, je sais, comme dit mon père, un sac vide ne tient pas debout. Quand j'étais célibataire et étudiant, j'ai testé toutes les sauces en boîtes en vente. Je ne mangeais que ça, des pâtes. Un coup avec du pesto, un coup avec de la sauce aux cèpes. Parfois une pizza, quand c'était jour de fête. Un peu de légumes de temps en temps, pour la forme. Le pire, c'est que j'adore faire à manger. Alors, des fois, je me décarcasse pour elle. Je lui prépare des bons petits plats. Mais quand je suis tout seul, nada. Je vais manger ce que j'ai sous la main. Une boîte de pâté Hénaff sans pain, des pâtes ou un de ses dérivés, genre raviolis. Je fais moins gaffe, on se dit que c'est bon, qu'on l'a trouvée, alors on peut se lâcher, il n'y a plus personne à séduire. Elle, elle me dit que je suis bien comme ça, alors je fais du gras, là, échoué sur mon canapé à m'enfiler des tablettes de chocolat en lisant des bouquins pendant qu'elle est à l'école. Seulement, j'en ai marre qu'on me dise que j'ai grossi. Surtout au boulot. Ils ne savent dire que ça, que j'ai grossi, ou que j'ai acheté mes fringues à des Roumains, juste parce que j'ai un t-shirt vert. Je vous jure, les journalistes ils sont franchement limités parfois. Et faut voir comment ils se fringuent. Soit des croques-morts, soit on voit que c'est bobonne qui achète et, eux, enfilent ce qui leur passe sous la main. Allez zou, direction la salle de sport. Objectif : 6 kilos en 2 mois. J'y peux rien, c'est mon côté pouf qui ressort.