23 avril 2008
Une dictée, vous vous rendez compte....
Lundi, je suis allé passer des tests d'embauche à Lille. Au programme il y avait une dictée. Une fucking dictée. Ca ne m'était pas arrivé depuis le brevet des collèges, en 1998. Je m'en souvient encore, c'était un truc hyper facile sur le pain. Putain dix ans. J'avais presque oublié comment ça marchait ce truc. Mais je me suis dit, il y a beaucoup de choses qui sont comme le vélo et qui ne s'oublient pas et que la dictée devait en faire partie.
J'avais même pas de crayon. Pas de tête. Quand j'ai taxé un stylo à mon voisin, il m'a regardé comme si j'étais un hurluberlu directement sorti d'un film de John Waters. Il a paniqué, il a dû se demander qui c'était ce mec qui se pointait à un test d'embauche sans crayon et qui passait des entretiens l'après-midi et pas lui. Pourtant, j'avais fait un effort, chemise, veste et tout le tralala. Il m'a refourgué un vieux bic tout machouillé dans le bout. J'avais peur qu'il y ait encore de la bave dessus - il avait bien une tronche à avoir la gale ce zigoto - mais je n'avais pas trop le choix. Après tout, il faut savoir prendre des risques dans la vie.
La dictée commence. L'examinateur annone ses petits bouts de phrase. Les ponctue par des virgules, points virgules. Pris dans mon élan, j'ai même été jusqu'à écrire virgule dans le texte. J'avais oublié ce phrasé si particulier, que seule une dictée permet d'entendre. Ces prononciations des déliés et des liaisons (dangereuses) qu'on ne fait plus à l'oral depuis belle lurette. J'ai essayé d'imaginer ma maîtresse d'école, mais la tignasse grisonnante et la voix chevrotante de l'examinateur me rappelait plus le dernier pépé qui m'avait houspillé parce que j'avais pas voulu qu'il gruge la file d'attente de la boulangerie. Collabo...
Le contenu. Il y avait des mots que je n'avais jamais entendu de ma vie et que je n'écrirais pas ici de peur d'avoir écrit des conneries innommables. Mais on sentais poindre la nostalgie de l'examinateur se remémorrant le temps où le journal s'écrivait encore au plomb. Je me suis dit qu'il devait se trouver un peu con devant un clavier d'ordinatuer ce mec-là. Autant que mon père qui ne sait pas se servir d'internet, même après 10 heures de cours d'informatique. C'était mieux avant, c'est un peu ça qu'il devait se dire ce gars. Ou alors il était secrètement amoureux de Bernard Pivot.
Tout le monde se regardait du coin de l'oeil, cherchant un sourire de réconfort, un semblant de réponse dans un regard compatissant. Le mec qui m'avait refiler son stylo s'est dit qu'il pourrait en échange piner sur moi. Il a vu la vierge ou quoi. Attends mec, il y a un job à la clé, c'est la compet'. Déjà, j'ai bien vu que tu m'as refilé à contre-coeur un bic cradingue qui bavait à chaque extrémité. J'y peux rien si tu ne sais pas écrire brouhaha. Oui, je suis cruel, mais quand il sera tout seul, dans son bureau d'Armentières, il ne pourra pas tricher. Donc c'était pour son bien en fait.
Et puis ça s'est fini comme toutes les dictées. Par un point final.
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