Un peu à la dèche, on a raclé les fonds de tiroir, taxé quelques chèques vacances ici et là et on est parti en camping. Sac surchargé sur le dos, on a embarqué sur le bateau direction belle-île pour une escapade nature. Mer dégueulasse, j'ai failli dégueuler. Après quelques bornes à crapahuter tels des mulets, on a planté nos premières sardines. Il n'y a pas à dire, le camping c'est vraiment chouette.
Jour 1 . En grand manitou du camping je lui ai dit : "Laisse moi faire, je suis un pro !" Des années de camping avec papa et maman pour bagage technique, l'intégrale du bouquin des Castors Juniors dans la poche, j'ai monté la tante, gonflé les matelas, tandis qu'elle me regardait avec des grands yeux béats d'admiration. Je me suis redressé pour surplomber mon oeuvre de toute ma hauteur. La tente s'était ratatinée sous les coups de boutoir d'un zef pas possible. Elle a gloussé, étouffé un rire. "C'est normal qu'elle soit toute penchée comme ça ta tente?". Non, c'est pas normal. Le vent sifflait dans mes oreilles et ses sarcasmes aussi. Sauf que moi j'ai très bien dormis et pas elle. Alors, c'est qui le vrai Castor Junior?
Jour 2 . C'est décidé, on change d'emplacement. Déplantage, replantage, nous voilà dans la pinède sous la coupe d'arbres centenaires. Pas de chaise, rien d'autre que des journaux pour poser ses fesses au sec après une grande rando. Entre temps, elle a vomi son midi. Sans doute les moules d'hier soir qui ne sont pas passées. Opération réchaud. Je mets le gaz pour la deuxième fois après avoir shooté dans la casserole plein de flotte. Oui je suis maladroit et alors... Tu le sais bien non? L'eau ne boue pas, je cuis quand même les pâtes. Elles étaient censées cuire en 3 minutes, au bout de 6 ou 7 minutes j'extrais de la casserole une sorte de mélasse jaunâtre que je mélange à du pesto. Trois bouchées chacun, c'est infâme. Demain, on va au resto...
Jour 3 . Repos. Enfin presque. Les gosses des voisins ont voulu jouer aux cowboys et aux Indiens autour de notre tente. Ils se sont pris les pieds dans les fils de la tente et ont amoché notre abri de fortune déjà mal en point. Bande de sales morveux. Et dire que ça fait marrer leurs parents.
Jour 4 . Pas d'électricité, pas de confort, seuls au milieu de la nature, nous revoilà plus primitifs que jamais. "Je m'ennuie" qu'elle m'a dit. Je lisais tranquillement. Il y aurait eu un centre commercial qu'elle s'y serait précipitée, juste pour en prendre plein les mirettes. On avait déjà fait pas mal de bornes à vélo, pique-niqué sous un fin crachin, je voulais être peinard. J'ai laissé couler. Elle est revenu à la charge, j'ai cédé. J'ai refermé mon bouquin, et nous voilà tout en allers et venues dans les petites boutiques de l'île. On a fini à boire des bières et à bouffer au resto. Ras le bol de bouffer du taboulé le cul par terre.
Jour 5 . C'est fini. Il pleut. Je déplante sous la pluie. Je suis crado. Je n'avais pas prévu assez de fringues. J'ai retroussé mon vieux jean à mi-mollet. Ma veste verte est complètement fardée de tâches. C'est toujours comme ça quand je rentre de vacances. Je rentre un peu sale, un peu fatigué. C'est le signal de la fin. J'ai hâte de rentrer pour prendre une bonne douche. Sur le bateau du retour elle s'est penchée vers moi : "La prochaine fois, on n'ira pas en camping, hein ?"