08 mars 2008

GQ comme grosse quéquette?

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J'ai découvert GQ dans les bouquins de Bret Easton Ellis. GQ, me rappelle automatiquement Pat Bateman, le dandy déglingué d'American Psycho. GQ, une bible pour fashionistas gonflés à la testostérone qui se posent des questions aussi existentielles que de savoir s'ils peuvent mettre des chaussettes à rayures avec une chemise à carreaux. Ca laisse pantois, n'est-il pas?

Bref, GQ (Gentleman Quarterly) est arrivé en France. Je me suis rué au kiosque pour l'acheter, voir à quoi ça ressemble ce truc maintes fois imaginé, presque fantasmé. Ca tombe bien, je devais prendre le train. Couverture noire, sobre, des grosses lettres blanches me pettent à la tronche : "Le magazine qui parle aux hommes sur un autre ton". C'est ce qu'on va voir mon bonhomme. En plus petit : "GQ : Masculin, beau et intelligent". Masculin ça me va puisque je suis un garçon. Beau : je suis bien trop Français pour me trouver beau, et il paraît que je ne suis pas beau mais que j'ai du charme. Le belle entourloupette. Intelligent : on me le dit souvent. Et puis 1€, c'est pas cher.

Passé les 20 à 30 pages de pub pour jeunes hommes de bonne famille, j'arrive sur le sommaire, beau gosse, belle gueule. Dix pages de pub plus loin, un édito un peu raplapla qui nous explique ce qu'est GQ. Redix pages de pub loin, un historique du magazine, et une petite galerie de la hype qui a participé à ce numéro. Je survole des petites chroniques sur le ciné et la musique branchouille du moment, c'est pas mal, et il me faut attendre la page 101 pour me plonger vraiment dans de la lecture à proprement dite. Ca s'intitule Salon. J'aime bien, il y a un gars qui explique qu'il est homme au foyer et que ça le fait bander, David Abiker (chroniqueur, écrivain) nous explique comment faire bouffer la note du resto à un client aussi pingre que malséant, et Grégory Schneider (journaliste sportif à Libé) essaye de décrypter le style de l'équipe de France de foot. Fandard, bien écrit, bon pied bon oeil, je continue ma lecture et me cale confortablement dans mon fauteuil TGV 2e classe. C'est cosy ici tout à coup. Je me poile en lisant l'interview pas très conforme aux canons de l'esthétique journalistique de François Bayrou (lire ci-dessous). Le panégyrique de Vincent Cassel a le don de le faire remonter un peu dans mon estime...

Je chiffonne les pages modes en les tournant. Le golden boy à la crinière de feu qui pourrait faire de la pub pour Email Diamant là, ça ne me ressemble pas. Et je ne suis pas encore prêt à me nipper version jeunesse UMP. Donc, passons...

Et là, le choc : "2008, année de la moustache..." Y'en a des petites, des grosses, des fournies, des ridicules, pour tous les goûts. Je suis un petit mec dans le vent, un peu gonzo et tout. Je sors ma tondeuse, me fait la barbe et laisse la moustache. Une belle moustache, raffinée mais pas très touffue. Ce que j'ai l'air con. Je la garde quand même et pars déjeuner avec mon père. Il roule des yeux, j'ai un sourire niais, tout fier de ma connerie que je suis. Il ne dit rien mais n'en pense pas moins. "2008, année de la moustache, c'est écrit dans GQ". "Dans quoi?". Ignare, va, t'es vraiment trop ringard. "Ca te va pas", qu'il me dit. Une dernière oeillade dans le miroir, je suis moche avec ça c'est vrai. Je voulais minauder au boulot avec ma stache, loupé. Petite escapade dans la salle de bain pour raser tout ça. Je me sens plus léger. Faut vraiment pas croire tout ce qu'il y a écrit dans les journaux.

Et GQ dans tout ça? Hormis que ce soit un aspirateur à pub, c'est bien goupillé, les textes sont bien gaulés, les femmes à poil sont dénudés par l'objectif des Jean-Loup Sieff... Un tantinet BCBG cela dit. Ca y'est, je crois que je l'ai trouvé ma littérature de gare...