06 février 2009

Road to Luxembourg

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Le Luxembourg n'est pas une destination très glamour pour un week-end, j'en conviens. On aurait tendance à préférer Londres, Barcelone, Amsterdam ou Bruxelles. Le problème, c'est que je ne connais personne là-bas, alors qu'au Luxembourg on retrouve les potes. Expats dévoués corps et âmes au grand capitalisme attirés par l'odeur de l'encre d'une planche à billets comme des charognards reniflent celle du sang des kilomètres à la ronde.

A deux heures de Paris. Une escale par Metz, faute d'avoir pu choper le TGV direct. Sur le quai, des jeunes tirés à quatre épingles tirant rageusement sur leur clope. Costard, souliers vernis, manteau trois-quart, tronche de cake et gueule de presque premier de la classe pour les garçons. Jupes, manteau trois-quart, bottes soigneusement cirées, anti-cernes et rimel presque outrancier pour les filles. Nerveux, des tics, regard teigneux, des doigts qui chiffonnent frénétiquement un billet de train. Encore 45 minutes de rail et on y est. Dans le wagon, les seuls bruits qu'on entend sont ceux des touches de clavier qu'on martyrise et des feuilles de papier qui crissent entre les doigts.

La vieille pierre de la gare fait son effet. Il fait nuit, froid et c'est en travaux, mais "on repassera demain", me dit Raf. Parce que demain, c'est tourisme. En attendant, on se dirige vers un bar. On s'engouffre dans un parking sous-terrain : 10 Porsches sur 100 mètres carrés, de la tôle rutilante et pas un vieux tacot, pas un tas de boue, pas une vieille guimbarde avec un rétro arraché qui traîne. C'est propre, très propre, presque trop. A la surface, les rues sont désertes. On peut fumer dans les bars, pas dans les restos. La bière n'est pas chère, c'est à dire aussi chère qu'en province en France, mais meilleure, il y a plus de choix. Je n'avais plus l'habitude des bars enfumés, mais j'y ai retrouvé ce supplément d'âme que ça conférait aux bistrots. Retrouvailles chaleureuses. Quelques pintes, 3 h du mat, un très gros pipi, les dents, et au lit.

Place à la visite. On commence par une balade en bagnole sur le plateau de Kirschberg, quartier d'affaire paré de verre et d'acier. Moderne, en mutation, vaniteux. On passe devant Fortis, Clearstream se rappelle à nos bons souvenirs, les bâtiments d'institutions européennes font un peu vieillots à côtés de ces coffres-forts ultra modernes. C'est désert, on est samedi, ça devient presque glauque. C'est la crise, c'est là, dans ces tours, que se joue une partie d'échecs financiers. Peut-être même avec des règles un peu tronquées. "C'est là que je bosse", me dit Mickaël. Il brasse des millions, son travail ne lui plaît pas, il est là pour faire de la monnaie, passe plus de 12 heures par jour au boulot, et bien souvent une partie de ces week-ends. D'un coup, je perds de ma jovialité, ça me rend triste de l'apprendre. Je comprends mieux d'un coup cette mélancolie et cette lassitude qui se lisent par moment sur son visage. Je détourne le visage et regarde par la vitre. Le ciel est gris.

Je vois ce qu'il y a à voir. Le palais du Duc, la ville basse qu'on appelle le Grund, une vieille abbaye joliment restauré, des vieilles pierres. Et puis, il y a ce panneaux bizarres ou rigolos qu'on ne comprend pas toujours : "Pas de salage : accès à vos risques et périls" ; un panneau sur lequel figure un vélo et sous lequel il est écrit " excepte combat de gel" ; ou cet autre où figure un adulte tenant un enfant par la main, largements barré de rouge. Tiens, un garde immobile avec une moumoutte sur la tête. On a l'impression que personne ne fait vraiment sa vie ici, que les gens y sont juste de passage. Qu'ils y restent quelques années, puis repartent comme ils y sont arrivés, sans grande émotion, sans que ça ne fasse ni chaud ni froid.

Encore un bar, encore une bonne bière, deux, trois, quatre. La soirée se passe. Ca fait du bien de se retrouver tous ensemble après tout ce temps. Impossible de trouver une boulangierie ouvert après 18h un samedi soir. La soirée continue. Gueule de bois, trajet dans le sens du retour. De jour ce coup-ci, ce qui permet de voir défiler l'industrie de l'est : Mittal, des houillères, la métallurgie presque fantomatique. C'est le genre d'endroit, quand on y passe, on se dit : "Je n'aimerai pas habiter là". Mais ça, on ne choisit pas forcément.

Commentaires

Je connais très bien Luxembourg. En deux jours, tu t'es effectivement impregné de l'ambiance et de l'esprit.

Le problème de Luxembourg, c'est que l'argent que tu y gagnes, tu n'as ni le temps ni l'envie de le dépenser là-bas...

On choisit Bernie, crois moi :)

Ecrit par : Blackmilk | 08 février 2009

Jamais allée au Luxembourg, ce n'est pas une destination prioritaire pour moi :-) Mais ta note est intéressante, elle me donne presque envie d'y aller faire un tour.

Ecrit par : Suffragettes | 09 février 2009

Ah, le Luxembourg... Quand je pense que, si je travaillais là-bas, je gagnerais 2 fois plus pour le même boulot tout en payant mon essence moins cher...
(Par contre, je me ferais chier et je devrais apprendre le luxembourgeois. Tout compte fait, je suis pas si mal à Bruxelles...)

Ecrit par : Wini | 10 février 2009

Un mélange un peu amer entre les retrouvailles heureuses et ce lieu inhospitalier; belle note en tout cas. Manque plus que les photos sur le blog prévu à cet effet :p

Ecrit par : DdM | 11 février 2009

Le principal au luxembourg est qu'il y a des bars et des bières, n'est-ce pas ?

Ecrit par : BritBrit | 11 février 2009

@ Blackmilk : je me dis que as dû être un de mes potes dans une autre vie;)

@ Suffragettes : Si j'avais su je t'aurais envoyé une carte postale. Enfin, si t'as des tunes pour partir, part ailleurs. Conseil d'ami.

@ Wini : Mais je suis con, je connais toi à Bruxelles. Faudra que tu m'invites.

@ DdM : tu as tout compris. Mais pour les photos, y'en n'a pas une de potable. Une catastrophe, lumière pourrie et réglages merdiques. Rien de propre

@ BritBrit : toi, dès qu'il est question d'alcool. T'es vraiment pas sortable vieille sacoche.

Ecrit par : Bernie | 11 février 2009

perso, moi le luxembourg, ça me fait pas rever... trop de thunes au metre carré...

Ecrit par : crevette | 13 février 2009

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