02 février 2009

Un putsch dans ma bouche

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Je suis tombé de mon trône. J'ai fini le cul par terre, déchu par un chewing-gum frondeur. Quelques coups de dents et voilà que le mollasson en vient à me décoiffer de ma couronne. Insolent. Tout ça en plein mois de novembre. Par un froid glacial alors qu'on descendait de Pigalle vers Opéra. J'ai recueilli la couronne au creux de ma main. Coincée entre mon pouce et mon index je l'ai auscultée. Elle avait une sale gueule, encore brillante par endroit, l'amalgame qui la garnissait semblait vouloir pourrir un peu plus. Pourrais-je la rechausser? Redeviendrais-je souverain?

"Je peux vous la recoller, mais je ne peux pas dire combien de temps ça va pouvoir tenir." Cette dentiste ment-elle comme une arracheuse de dent? Me voilà parti à la reconquête de mon trône. Le tout pour un demi-K€. Le temps de monter un échafaudage dans mon royaume bucal, me voilà allonger sur le fauteuil du dentiste. La gueule béante. Pour l'ouvrir plus largement il aurait fallu un cric. Taille de dent à coup de roulette pour mieux la sertir de ma couronne flambant neuve. Durée des travaux : un mois.

On en était aux finitions. Une carie félonne a resurgit, planquée derrière un vieux plombage. Elle rongeait tranquillement une prémolaire. Un lent et pernicieux travail de sape. L'échafaudage est resté en place. La dentiste a fait tourbillonner sa fraise, la roulette a sifflé dans l'air avant de venir heurter la dent dans un bruit plus sourd. Elle appuyait, encore et encore. J'ai fermé les yeux intensément pour marquer ma douleur. Rien n'y a fait. J'ai commencé à taper du pied sur le bout du siège. Elle s'est arrêtée : "Je suis désolée, j'ai un peu touché le nerf". Elle me posait des questions, mais avec tout le barda de tubes que j'avais dans la bouche, mes mots s'abîmaient dans un charabia que je baragouinait avec peine et douleur. Je me contentais de hocher la tête et de rouler des yeux pour me faire comprendre. Elle, sournoise, feignait d'être sensible à mon mal.

La revoilà parti à l'assaut de ma forteresse dentaire. A ce rythme-là, elle va me finir à la perceuse ou au marteau-piqueur. Elle va me monter sur les genoux, m'écarteler les mâchoires avec des étais et me faire sauter le chicot avec une pelleteuse. J'étais anesthésié. Je ne sentais ni ma bouche, ni ma joue, ni ma langue, mais ma dent me lançait. La dentiste a dévitalisé la dent. L'a rempli avec je ne sais quoi. Dans un jargon archi-médical d'arci-duchesse dentaire, elle m'a décrit la marche des opérations. Bien sûr, je ne pouvais répondre.

Avant qu'elle la repère, cette dent ne m'avait jamais causé de tort. Depuis, elle ne m'a jamais fait aussi mal. Viva la révolucion.

Commentaires

ben tiens, on pourrait monter un club, vu que c'est bon de ne pas se sentir seul dans ces affaires là. Je traîne une dent mal soignée puis mal dévitalisée depuis des mois (la grossesse n'ayant rien arrangé à l'affaire - selon le dicton, un bébé = une dent), là je suis allée la faire sauver in extremis chez un ponte (3 fois le prix, donc celui d'un rein et pas d'une dent), et il me reste encore tout le barda de couronne (le ponte ne fait pas, il est spécialiste en dévitalisation et point barre).

Cela dit si elle fait mal, tu nous ferais pas une petite infection par hasard??? si les canaux n'ont pas été 100% bien désinfectés et rebouchés (controle avec plusieurs radios et logiciel spécialisé de la dentiste??), c'est inévitable (ou presque)

Ecrit par : miss400 | 02 février 2009

Arghhh, rien que de lire ta note ca me fait froid dans le dos. J-1 ma poule sinon ?

Ecrit par : Suffragettes | 03 février 2009

oh la vache, ça m'a fait mal pour toi ! Et pourtant, tu me connais, je suis pas une fille sympa, à la base, alors l'empathie, tout ça, je connais pas...


ps : très grande forme pour ce post, c'est la douleur qui rend ta prose aussi chouette ?

Ecrit par : Une blonde dans la ville | 04 février 2009

Aaaarh! Promis, je n'oublie plus de me brosser les dents après chaque repas!

Ecrit par : Wini | 04 février 2009

@ Miss 400 : Ce que je n'aime pas avec les pontes, c'est leurs oeufs. Je sors...

@ Suffragettes : Bah du coup là, on est à J+1 et je le vis bien. Enfin je crois. Je réalise pas.

@ Blonde : C'est pas la douleur, c'est la rancoeur, contre cette salope de dentiste.

@ Wini : Alors pour se brosser les dents, il ne faut pas écouter de la musique trop violente, parce que ça peut mal finir. ON saute partout et un accident est si vite arrivé quand on a une brosse dans la bouche.

Ecrit par : Bernie | 05 février 2009

Bernie : bin la rancoeur te donne des ailes, continue comme ça ;)

Ecrit par : Une blonde dans la ville | 05 février 2009

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