29 décembre 2008
Goodbye Célestine
Il y avait la bouteille de Citror posée sur la toile cirée de la grande table de la salle à manger. On en a bu des litres, ça accompagnait tout nos repas, souvent du poulet frites avec plein de sauce. Il y avait la boîte à bonbons en métal estampillée Bêtises de Cambrai dans laquelle on allait piocher des sucreries par poignées entières. Il y avait la saveur insolente de ses gâteaux, des vrais gâteaux de grand-mère.
Je me souviens de tant de choses, de la traite des vaches à la ferme jusqu'à nos dernières conversations dans la cuisine de son appartement dans le bourg. Elle me servait alors un café et me coupait une grande part de gâteau breton. Quand j'étais plus petit, de la même manière, elle beurrait mon pain ou mes crèpes, l'épaisse couche de beurre figurant la grandeur de son amour. D'ailleurs, elle n'étalait pas le beurre, elle le couchait juste sur la tranche de pain, comme elle déposait ses baisers humides sur nos joues. Et puis ça fondait dans la bouche, avec cette douceur appétissante, une bouchée en appelant une autre.
Des fois, je déboulais sans crier gare. Et même très fatiguée, affaiblie par la maladie, elle mettait toutes ses forces dans ce rituel. On s'attablait l'un à côté de l'autre, le plus proche possible afin que nos coudes se touchent, qu'on puisse chacun sentir les sentiments de l'autre. On discutait de tout et de rien, elle m'engueulait gentiment quand il y avait une faute dans son journal. On passait des heures en tête à tête dans sa cuisine. Parfois même, il n'y avait pas besoin de mots, juste un regard complice. On faisait des mots-fléchés, et quand on séchait, on allait regarder les solutions à la fin du magazine, échangeant ce regard espiègle de deux petits écoliers qui se refilent leurs réponses pendant un contrôle de maths.
Il n'y a pas très longtemps, elle m'a écrit ces mots : "Je vis pour l'amour de mes enfant et de mes petits enfants". Plus que jamais cette phrase résonne en moi, comme un écho, un appel à la vie, une pensée, un sentiment éternel qui jamais ne chancellera. Ce n'est pas ta mort que je pleure, c'est ta vie que j'honore et les battements de ton coeur que je fais mien. Au-revoir ma tendre et chère mamie.
12:05 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : mamie, blabla, au revoir, amour
19 décembre 2008
La chanson de Noël
Cette semaine, c'est une petite ritournelle folk de Noël que je vous offre. Je pars à la neige et vous souhaite à tous des bonnes vacances et un joyeux Noël. Poil aux aisselles.
Cocoon - Christmas Song
21:30 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : noël, blabla, chanson, folk cocoon
17 décembre 2008
L'odeur du vin chaud
Ca m'a pris la gueule avec force. Nom de dieu, mais c'est que ça pue le vin chaud ici. C'est normal, ici c'est le marché de Noël. Et au détour d'une cabane en bois, semblable à une centaine d'autres installées sur la même place, j'ai été envahi par cette odeur liquoreuse et trop sucrée d'alcool trop cuit. Tout le monde est emmitouflé, deux mains enveloppent le gobelet de vin chaud comme pour mieux se réchauffer. D'autres le tiennent d'une main et s'enfilent un énorme bretzel en même temps. Il est 10 h du matin. Et ça caille.
Je regarde vite fait les étals du marché de Noël, qui n'a de Noël que le nom étant donné que s'y prélassent des objets plus ou moins d'art. Pour le moins d'un artisanat parfois douteux. Et cette odeur de vin chaud qui me pique les narines tous les 50 mètres. Je flâne mais cette odeur me poursuit. J'achète un saucisson et des macarons. C'est à croire que cette odeur me traque et me taquine.
Je sors du village de Noël et m'installe à la terrasse d'un café. "Un allongé s'il vous plaît". A côté de moi, ça cause espagnol. Sur le plateau du serveur, il y a mon café et quatre verres de vin chaud. Je me sens défaillir, mon nez veut se faire la malle. Tant pis, j'ai commandé, je consomme. Tout autour de moi suinte le vin chaud, la piquette acidulée et chauffée à blanc. Ca me dégoutte. Une fois de plus, j'essaye de la fuir, m'engouffre dans la Fnac. Ca grouille, trop de monde, rien n'a y faire. L'odeur a imprégné mon manteau.
Je me retrouve de nouveau au coin de cette cabane. Le gros patron aux allures de Père Noël alcoolique et aux joues bien rouges me hèle avec un grand sourire : "Un verre de vin chaud, Monsieur?" "Non merci, j'aime pas ça." Plus tard, au boulot : "Bernie, tu sens le vin chaud. Combien t'en as bu?" "Aucun, j'aime pas ça" C'est bizarre, mais quand j'ai dit ça, personne ne m'a cru.
11:44 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : blabla, vin chaud, noël
12 décembre 2008
La chanson du vendredi
J'ai décidé de vous gratifier d'une chanson toutes les semaines. Un truc du moment ou un son que j'ai écouté en boucle à un instant T. Attention, sur ce coup là c'est de la folie furieuse. Sûrement le plus grand groupe de rock du monde de la semaine.
The Jim Jones Revue - Rock'n'Roll Psychosis
20:16 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : rock, musique, jim jones revue, blabla
10 décembre 2008
Le goût de l'inutile
"Retrouver le goût de l'inutile". Cette phrase entendue à la radio ce week-end a trouvé en moi un profond écho. C'est vrai, je cherche à mettre du sens dans tout. De quelle façon manger ce petit pois ? Dois-je l'empaler au bout de ma fourchette, ce qui me renverrait à mes instincts les plus meurtriers, ou dois-je plutôt le faire glisser entre ses pics, comme pour mieux le caresser et me figurer ma bienveillance ? Il y a vraiment des jours où je me pose trop de questions, où ça mouline plus que de raison là haut. Tout doit avoir un sens, une raison d'être, un fondement philosophique dont je parviendrai à tirer la quintessence pour élever mon âme.
Alors, je me suis dit, retrouver le goût de l'inutile, c'est ça au fond dont j'ai besoin. Le jugeote ça a du bon, mais à trop l'asticoter j'ai peur de tourner maboule. Alors oui, j'ai besoin de retrouver le goût de l'inutile, de faire des choses débiles et stériles. M'asseoir sur un banc et regarder les passants, traîner, laisser mes pensées divaguer dans le rien, acheter un sandwich à 17h, si ça me chante, jouer à Guitar Hero plutôt que me farcir la paperasse.
Ce goût de l'inutile à tendance à se perdre, à s'abîmer dans des prétextes creux, à s'attirer les foudres de la bonne morale. Ce n'est pas sain, mauvais, inutile. Une litanie malfaisante de contre-indications cherchent à faire la peau à l'inutilité. Comme si on ne pouvait s'épanouir dans l'inutilité. Pas d'accord, l'inutile sert bien à quelque chose : à contrebalancer toutes ces choses presque trop utiles que nous faisons à longueur de temps. Gagner de l'argent par exemple. Après, c'est sûr qu'il faut savoir doser. Le monde est comme ça, un équilibre joyeusement instable, bercé entre ordre et désordre, saleté et propreté, bien et mal, ketchup et mayo.
L'inutilité, ce sont tous ces petits riens jouissifs qui rendent la vie un peu plus folle, un peu plus belle, qui fait qu'on l'aime : faire des ricochets, voler des nains de jardin, jouer de la guitare avec une raquette de tennis. C'est un pic d'adrénaline sur une piste enneigée, un fou-rire, une chanson de Bernard Menez. Ca se tort, s'immisce en nous, ça nous fait sourire, geindre, aimer. C'est ce petit supplément imperceptible qui fait qu'une situation banale va muer en moment mémorable, ce point de basculement qui nous fait verser dans un instant de douce euphorie. Il est parfois futile, mais pas moins subtil monsieur inutile.
Il y a des jours où l'inutilité, c'est tout simplement la vie. Parce que la vie n'est pas obligée d'avoir forcément tout le temps un sens profond.
12:34 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : philo, blabla, inutile, guitar hero
07 décembre 2008
Le nain de jardin dans la machine à café
Je me suis toujours dit que je devrais ramener ma cafetière au boulot. Ca reste au conditionnel. Et si ceci, et si cela... La machine à café reste bien plus conviviale. Chacun fait les poches de son jean pour dénicher quelques pièces jaunes. Quarante centimes et chacun se retrouve avec son gobelet en plastique beige rempli d'un infâme jus de chaussette, sûrement cancérigène. Il est dégueulasse ce café, à peine noir, recouvert d'une mousse chafouine. Et pourtant, je continue d'en boire, entre deux et trois par jour, plus les deux ou trois que je bois chez moi le matin.
Je me poste devant la machine, les pièces s'entrechoquent, la machine beugle, rugit avant de faire déverser sa bile dans le gobelet. Souvent une image me revient. Je glisse ma pièce dans la fente. Elle tombe dans la bourse d'un nain de jardin qui ouvre sa braguette et pisse dans le gobelet. Puis il remonte sa braguette et attend les prochains clients en buvant des bières. C'est le meilleur moyen de pisser à la demande. C'est qu'il faut fournir quand on se pointe à cinq à la queue leu leu, tous à faire jouer une pièce de 50 centimes entre nos doigts, avides d'une petite dose de caféine.
Lui, il se démène, il fait ce qu'il peut. Il essaye de ne pas coincer son instrument de travail dans sa braguette. C'est le genre d'accident du travail qui la fout mal. Il doit avoir des sacrés réserves le nain de jardin dans la machine café. Ca me fait de la peine, je me dis qu'il doit sacrément être à l'étroit là-dedans. Pas facile la vie de nain de jardin. C'est pas le tout d'aller faire le mariolle de le jardin du père Marcel, mais faut qu'il gagne sa croûte aussi.
Il avait bien essayé de postuler pour bosser comme acteur chez Kinder, mais c'est toujours la même chose. Sans piston, on n'arrive pas à grand-chose dans ce milieu. Bosser dans la pub pour un connard qui refourgue des engrais et des pesticides, faire figurant chez Blanche-Neige ou le Père Noël, c'est le genre de job réservé à une élite. Alors, quand on est qu'un simple nain de jardin, on fait figurant dans le jardin de Marcel. C'est comme être intermittent du spectacle, c'est pas super bien payé, on fait des heures et, des fois, on doit enchaîner les petits boulots merdiques à côté. Et voilà comment un nain de jardin finit par pisser dans des gobelets dans la machine à café de boulot et devient alcoolique.
Voilà pourquoi on dit qu'un mauvais café à un goût de pisse.
18:21 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : café, nain de jardin, blabla, boulot, bière, noël
02 décembre 2008
Témoin, levez-vous
On discutait tranquillement sur MSN. Ca faisait un petit moment qu'on ne s'était pas trop donné de nouvelles. Lui au Luxembourg, moi à Nantes. Il n'y a pas longtemps, j'ai appris qu'il allait se marier. Les potes me l'ont dit. C'est le genre d'annonce qui fuite forcément, personne n'arrive à faire de la rétention d'information. Il a fini par me le dire, mais plus tard, beaucoup plus tard. J'ai fait semblant d'être pris au dépourvu lorsqu'il me l'a dit, alors que ça faisait bien trois mois que j'étais au courant.
Il a arrêté la conversation. "Je peux te demander quelque chose mon petit Bernie?" Forcément, j'ai répondu oui, bien trop curieux de savoir. Je pensais à une banalité, ou un truc genre faussement banal, un service à rendre, à 1000 km de distance. "Est-ce que tu voudrais être mon témoin?" qu'il m'a demandé. La gifle, j'ai eu un haut le coeur, une petite déflagration dans la poitrine. Là, j'ai été pris au dépourvu. Moi qui d'ordinaire ne lâche que difficilement une larme, j'ai laissé un petit pleur m'échapper.
Pas le temps de tergiverser, j'ai répondu "oui, bien sûr, ça me fait super plaisir". C'est juste l'art et la manière. Il n'y avait que lui pour faire ça de cette manière-là, via MSN. Je me serais plus attendu à un coup de fil, une demande de vive voix. Le côté MSN, ça avait un côté surréaliste, comme si on désacralisait la parole. La demande n'en était pas moins émouvante, mais avec un côté tombée du camion, balancée entre le dessert et le café. Il ne manquait qu'un bouquet de roses en pièce jointe.
Me voilà témoin, donc. Une première. Et quelle première sachant que le mariage se déroule en deux temps. Une partie en France, l'autre au Maroc. A part ça, je ne le verrai probablement pas avant le mariage. Je n'ai jamais rencontré la mariée.
Il m'a sorti de ma rêverie. "Tu vas devoir sortir ton plus beau costard." Ah bon, parce qu'on ne peut pas venir en jean?
11:42 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : mariage, blabla, web, msn




























