31 octobre 2008
Traître paraître
Ses boutons de manchettes étaient impeccablement ajustés. Le V formé par le noeud de sa cravatte rose venait parfaitement épouser le col blanc de sa chemise bleue. Délicatement tiré à quatre épingle, la barbe de quelques jours soigneusement taillée, il s'est approché du comptoir de ce bar chic pour commander une bouteille de blanc. Puis il s'est pavanné avec son seau à glace dans lequel gigotait sa vulgaire boutanche de Muscadet. Il a posé le seau sur la table tel un seigneur régalant ses deux invités affalés sur la banquette.
Il s'est regardé dans le grand miroir, a rajusté le noeud de sa cravatte et ses lunettes, a passé sa douce main manucurée dans ses cheveux, a fini par se rasseoir. Les manières, l'impression d'être quelqu'un au milieu de cette foule. Et cette foule qui ne lui renvoyait rien. Plèbe inepte qui ne le jugeait pas à sa juste valeur. Pas un signe, pas un regard. Un ensemble compact, inexpressif. Inexpressif mais chic. Ils sont tous comme ça ici, à s'ignorer pour mieux se sentir exister. A me toiser de travers moi, ma paire de jeans et mes baskets qui ont pris la flotte.
Mais moi je ne le quitte pas des yeux. Lui, lui là, avec sa cravatte qu'il n'a de cesse de triturer. Peut-être plus insignifiant que les autres, mais définitivement plus raccoleur. Inifiniment seul. Ses compères lui ont jetés quelques regards plaintifs et compatissants, avec la vague impression d'avoir sous la main un généreux pigeon. Lui se sent riche. Riche parce qu'il sent se chiffoner des billets sous ses doigts quand il glisse ses mais dans ses poches. Riche parce que ses amis l'accompagnent et les autres le dévisagent. Riches parce que le serveur l'appelle par son prénom et le reconnaît dès qu'il franchit le seuil de l'établissement.
A moi, il est apparu si pauvre. Si pauvre dans sa manière d'être, si pauvre dans sa relation aux autres, si pauvre dans ce regard narcissique. Traitre paraître.
19:04 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : blabla, sortie, paraître, littérature, musique
27 octobre 2008
BritBrit me tire le portrait
Comme je passe mon temps à râler et à la taquiner sur son blog, BritBrit m'y a fait une petite place. Alors, je lui ai concocté une petite playlist pour les petits moments simples de la vie. Ce contre quoi elle m'a tiré le portrait. Il y a même une photo de moi. Certes de loin, mais une photo quand même. Alors pour aller voir tout ça
C'est chez BRITBRIT CHERIE
13:06 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : britbrit, blabla, portrait, musique, rock
13 octobre 2008
Je voulais m'appeler James
Quand j'étais gosse, je voulais m'appeler John, ou James. J'hésitais un peu entre ces deux prénoms, peut-être même que je voulais être Américain. Antoine, je n'aimais pas trop, ça ne sonnait pas, je trouvais ça un peu ringard et pas très sex. J'en voulais un peu à mes parents de m'avoir appelé comme ça. James, dans mon imaginaire, ca résonnait comme un prénom de cowboy ou de superflic, un mec qui casse la baraque. La classe américaine quoi. Et le look qui va avec. C'était autre chose que mes pantalons en velours côtelés rapiécés au niveau des genoux.
Dans la cour de récré, tout le monde m'appelait Toutoune, je ne sais pas pourquoi. Ce n'était pas terrible, non plus. Après, je suis passé au collège. Et là, ça a été Bernie. Nom donné à une mouche, héros d'une petite BD que j'avais créé avec un pote pendant des cours de maths chiantissimes. De fil en aiguille, Bernie, c'est devenu moi. Un gamin avec un appareil dentaire et des grossières lunettes en plastique qui avait un petit air de cette mouche jetée sur un bout de papier par ennui. Un ado au pas mal assuré, étriqué dans son survet Adidas, les yeux désepérement tournés vers une inaccessible carrière de footballeur pro.
Je le porte encore. De moins en moins cela dit. Partout où j'allais, on me présentait comme Bernie, le super pote sans prénom. Beaucoup de gens ne connaissaient pas mon prénom. J'ai même vu des visages se contorsionner, par peur qu'il s'agisse de mon vrai prénom quand on leur disait : "C'est lui Bernie, maman. Tu sais, je t'en ai déjà parlé". Je les rassurais, mais machinalement, je finissais moi aussi par me présenter comme Bernie. Me laissant presque aller à oublier ce prénom pourtant gravé sur ma gourmette, qui s'agitait chaque jour devant mes yeux comme un pense-bête.
Ca m'a poursuivi. Sur mon chemin, toujours un clampin pour rappeler à l'assemblée ce surnom qui aurait pu figurer sur ma carte d'identité. Je ne m'appelais pas James, mais je portais un nom qui n'était pas le mien, qui n'avait rien d'américain mais qui était sérieusement connoté par le film de Dupontel. Un peu ras le bol. Les boules par moments.
Antoine dénote des sonorités agréables à l'oreille, c'est un prénom d'empereur, vient du latin antonius qui veut dire inestimable. Ce n'est pas si dégueu, c'est même très bien. Quand je regarde derrière moi, j'ai l'impression de m'être créé un double pendant des années. Une crise d'égo qui a duré une bonne dizaine d'années. Je devais être un peu schizo, pas vraiment d'équerre avec moi même.
Et maintenant ? Maintenant, seuls les potes irréductibles m'appellent comme ça. Je renoue avec mon prénom, me réconcilie avec lui. Ne signe plus mes mails ou les cartes d'anniversaire d'un Bernie mal écrit, mais d'un Antoine affirmé. En fait, j'aime beaucoup mon prénom. Et dans la rue, je retrouve le plaisir de me retourner quand je l'entends mais que ce n'est pas moi qu'on appelle.
11:11 Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : prénom, choix, égo, psycho, blabla, surnom
10 octobre 2008
Ma boîte aux lettres n'est pas une poubelle.
Mais que foutaient donc les clés dans la boîte aux lettres. Les avoir oubliées sur la serrure aurait été compréhensible, mais à l'intérieur, franchement. Et bien c'est la faute à la pub. Ces monceaux de papiers qui viennent croupir dans une boîte en métal, qui font chier tout le monde et que personne lit.
Ce jour-là, ma boîte aux lettres en avait ras la gueule. Et comme par hasard, une lettre urgente m'attendait sous un capharnaüm promotionnel. N'ayant pas trois mains, j'ai vidé la boîte de son contenu, et posé à l'intérieur les clés que j'avais machinalement ôtées de la serrure. Je fais le tri, c'est à dire que je prends soin de la missive urgente et que je benne le reste dans la poubelle prévue à cet effet. Je me hâte sur le chemin du boulot, décachette l'enveloppe et sors du local à boîte aux lettres. Mes clés, elles, sont restées se morfondre dans la boîte aux lettres.
Voilà le fin mot de l'histoire. Une histoire de pub, de lettre et de clés. Une histoire un peu conne, un moment de distraction qui m'a valu quelques déboires et qui me sert à dire que la pub dans les boîtes aux lettres c'est chiant. Qu'elle finit les trois quart du temps à la jaille et qu'à l'heure où l'on cause développement durable tous les quatre matins, il serait peut-être judicieux que les annonceurs recyclent un peu plus intelligemment le papier, comme leurs méthodes de communication. Qu'à l'heure où l'on parle de privatiser la Poste, les boîtes aux lettres risquent de se transformer container à pub.
Ma boîte aux lettres n'est pas une poubelle. Merci.
09:55 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : poubelle, déchet, blabla, écologie
06 octobre 2008
Enfermé dehors, encore une histoire de clé
Je sors du boulot, 22h45. Ipod et tout le toutim, je sifflote, guilleret à l'idée d'aller siroter ma petite soupe. Arrivé au pied de mon immeuble, un quart d'heure plus tard. Je plonge ma main dans ma besace. pas de clefs. Je replonge la main dans mon sac, j'ouvre toutes les poches, en ausculte les moindre recoins. Rien, pas un cling-cling de clefs qui s'entrechoquent, pas la sensation du métal froid sur les doigts. Je peste un bon coup contre moi-même et rebrousse mon chemin, direction le travail.
Arrivé en bas de l'immeuble, stupeur. J'ai oublié mon badge sur mon bureau, impossible d'entrer dans le bâtiment. Là, je me maudits. Quitte à franchement passer pour un con et dans un geste désespéré, je dégaine mon portable. Merde, j'ai pas le numéro. Je raque pour les renseignements, 118 machin truc. "Voulez-vous être mis en contact?" Ben un peu mon neveu. Et là "OF Bonsoir" "Jean-François, c'est Bernie, tu peux m'ouvrir, j'ai oublié mon badge sur mon bureau, et mes clés sûrement aussi." Il arrive, il m'ouvre et me dis que j'ai de la chance parce qu'il allait se barrer. Presque je lui baiserais les pieds. Mais non, un peu de décence voyons.
Bref, j'arrive à mon bureau. Un joli foutoir s'étale sur 2m2. Je trouve mon badge de suite, pas mes clés. Je mets tous les journaux, papiers divers et stylos sens dessus-dessous. Rien. Dans les tiroirs. Rien. Dans la poubelle. Rien. Un éclair. Si ça se trouve, je les ai oubliées au resto ce midi. 23h20, je sors du resto. toujours rien.
Je connais deux personnes susceptibles de m'héberger pour la nuit. La première ne répond pas. Je l'appelle trois fois puis lui laisse un message, la voix chevrotante, comme pour l'apitoyer sur mon sort. "Marie, c'est Bernie, je suis à la rue, rappelle moi vite." Je tombe directement sur le répondeur de la seconde. C'est jeudi soir. Les étudiants titubent, la rando roller défile à toute beurzingue sous mes yeux. Je me sens seul. Très seul. Je fais le compte des possibilités qui s'offre en moi. Entre temps, je rappelle trois fois Marie, sans résultat. Où vais-je? Que fais-je? Dans quel état j'erre? Ces mots résonnent fortement dans ma petite caboche. J'envisage d'aller me saouler avec un cortège d'étudiant, de retourner dormir au bureau, de me trouver une piaule pour la nuit dans un hôtel miteux. Putain de vie décalée de merde. Ca me serait arrivé à 20h, je n'aurais eu aucun mal à me dépêtrer de pareille situation. Mais là, aucun recul, l'angoisse monte, tout qui se bouscule, j'ai faim, je n'arrive pas à réfléchir. Et je pense à toutes les démarches administratives qui m'attendent le lendemain.
Mon téléphone sonne pour mieux me sortir de ma rêverie cauchemardesque. "Bernie, c'est Marie. on se retrouve dans 20 minutes chez moi". Ouf, j'ai presque envie de pleurer, je suis chamboulé. Je vais avoir un toit pour la nuit. En arrivant chez Marie, je siffle une bière pour me remettre de tout ça. Et en me couchant sur ce tapis de sol déchiqueté dans les coins j'ai un flash. Mes clés sont dans ma boîte aux lettres. Tout à coup, j'ai envie de me lever pour aller valider mon hypothèse et ne pas me faire de faux espoir. Mais si ça se trouve, je me goure, encore. J'essaye de pioncer, tant bien que mal.
Levé à 7h30, j'enfile mon jean, lace rapidement mes chaussures et file vers chez moi. Coup de bol, j'ai eu le code du local à boîte aux lettres deux jours plus tôt. Elles sont là, impavides, un brin narquoises. Salopes.
11:46 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : blabla, clés, vie, poubelle
02 octobre 2008
Le bio ça fait pas grossir
"Les enfants sont merveilleux", avait l'habitude de dire feu Jacques Martin. Je confirme. Dimanche, avec tonton, tata et mamie, tous attablés autour d'un poulet frites. Le tout baignant dans la sauce (pas nous, le poulet et les frites seulement), mais bio. Oui, chez tonton, c'est come ça, tout est bio est c'est très bien comme ça. A ma droite Simon, 4 ans, pas un mètre au garot. A ma gauche, Jules, son jumeau, pas tout à fait le même mais presque, en un peu plus grand.
Problème : il n'y a que deux cuisses. Esprit de sacrifice oblige, je leur laisse un pilon chacun, et me fade une arrière cuisse. Un peu de frites, un peu de salade pour moi. Les deux marmots à côté bennent chacun deux grandes poignées de frites dans leurs assiettes, les petits batonnets jaunes surnageant dans une marre de sauce brunâtre.
- Eh mais vous allez exploser les mecs !
- Ben non. T'es bête. Pffff. C'est bio, donc ça ne fait pas grossir, me tance Simon avec un naturel déconcertant. Pan dans les dents.
- D'où tu sors ça?
- Ben papa, il dit que le bio c'est sain et c'est bon pour la santé. Donc ça ne fait pas grossir.
- Mais tu sais Simon, ce sont les graisses qui font grossir, ai-je répliqué avec un ton empreint d'une pseudo pédagogie.
- Peut-être, mais du moment que c'est bio, ça fait pas grossir.
Pas la peine d'insister, le cabot ne veut rien entendre et n'en démordra pas. Médusé je jette un regard circonspect sur l'assistance. Rien. C'est normal. La dernière fois, Simon a sorti à ses parents : "Je ne veux plus de suppositoires et c'est définitif"(sic).
"Les enfants sont merveilleux", avait l'habitude de dire feu Jacques Martin. Je confirme.
11:32 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : bio, ogm, régime, blabla





























