30 septembre 2008
Les journalistes doivent-ils être méchants?

Plusieurs fois la semaine dernière j'ai entendu cette question posée d'un journaliste à un autre : "Etes-vous assez méchant?". Philippe Colin d'abord sur France Inter l'a demandé à Vincent Josse. Puis Bruce Tousaint sur Canal + à je ne sais plus qui. Alors, un journaliste doit-il être méchant ? Sous couvert, de la méchanceté, un journaliste devient pugnace et pertinent. Foutaises. C'est quoi au fait le rôle d'un journaliste? Eclaireur, donneur de leçon, faiseur de lancement pour un JT, agitateur de conscience, montreur de faits. Je pense juste qu'il doit être dans le constat et non dans le jugement.
La règle est donc : pour contrebalancer la mièvrerie enjôleuse druckérienne ou le côté fadasse d'un Denisot, soyons tous méchants. L'info on s'en fout, soyons méchants, ça fait parler. Je ne crois pas que ça marche. La Méchanceté révélant le degré zéro de la condition humaine, je ne vois l'intérêt qu'un journaliste peut avoir à dézinguer une personne ou une autre, à se faire l'apôtre d'un jugement implacablement vil. Entre un journaliste et son interlocuteur, il s'agit d'un rapport humain, avant tout. L'un en face de l'autre, et non l'un au-dessus de l'autre.
La méchanceté vue comme une concupiscence journalistique, voilà ce qui me vient à l'instant. Flingage dans les règles de l'art, excitation, pouvoir, le journaliste bande, il est méchant. Il sent la sève fielleuse couler dans ses veines, les regards braqués sur lui, il est adulé. Il jouit de cette reconnaissance, il se croit bon, opiniâtre et objectif, il est juste méchant. Ca ne marche qu'un temps. Voyez, le détestable Fogiel, le gros Ménès. Ca ne dure qu'un temps. L'arrogance de ces freluquets fatiguent. Sous couvert d'un ton abrasif, les langues pendouillantes, les lèvres s'abîment en babillages mécréants. Leur truc : l'attaque personnelle. Si possible, avec un peu de cul, c'est plus immoral, c'est mieux. Le tout enrobé dans un ton des plus grinçants. Sans un trait d'humour.
Je ne dis pas non plus soyons tous mielleux. Il y a un juste milieu à trouver. Certains s'y prennent très bien, avec de la fermeté, pas de faux-semblants. Pas besoin de méchanceté pour se sentir exister, juste le sentiment de devoir obtenir des réponses à leurs questions. D'autres tancent, flambent, jouent les portes-flingues de ceci ou cela. Je n'aime pas les lynchages médiatiques, je n'aime pas les attaques rangées sur une personne ciblée. Etant moi-même dans la partie, et parfois méchant ici-même, j'essaye aussi de faire la différence entre un humour potache et parfois tendancieux, et une interview ou un portrait qui sera lu par des dizaines de milliers de personnes.
Je sais que ne fais pas avancer le débat, mais quand j'entends des trucs comme ça, mes poils s'hérissent avant de s'avachir contre ma peau, fourbus. Messieurs les journaliste, la justesse de l'information se trouve aussi dans la justesse de votre ton. Ne l'oubliez pas.
12:21 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, blabla, média, méchanceté, humanisme
23 septembre 2008
Tic-tag, tic-tag, tic-tag...
Dans ces cas-là, on dit : mieux vaut tard que jamais. Je me suis fait doublement taguer durant l'été. La première fois par la sémillante BritBrit. La seconde fois par l'inénarrable Wini. Autant le tag de BritBrit, consistant à mettre un logo sur mon truc et à faire tourner le mot, ne m'intéressait pas, autant celui de Wini avec quelque prétention romanesque.
Cela dit, BritBrit, j'ai été très agréablement flatté par ta sollicitude. Et non, comme tu le vois, je ne suis pas un snobinard prétentieux et hâbleur, contrairement à ce que tu as bien pu penser à cet instant où tu m'as tagué de façon éhontée : "Bernie pour qu'il se plie lui aussi aux bassesses des chaînes de Blog. Fini le snobisme ;). Ouais, je règle mes comptes. J'aime bien la baston. Il fallait également faire un panégyrique en l'honneur de notre précieux tagueur. Ca je peux faire, parce que de BritBrit j'aime tout, sa gouaille, sa fraîcheur, son impertinence, son côté décalé, et surtout son égocentrisme démesuré (qu'on retrouve d'ailleurs chez bon nombre de blogueurs, moi le premier). En plus, tous mes copains et copines de blog ayant déjà été tagués, je ne vois pas trop à qui j'aurai pu refiler le bébé. Bref, je n'ai pas bronché.
C'est donc avec un bon mois de retard que je me plie au tag de ma correzpondante belge, grande amatrice de hard-rock version moule boule panthère et qui fait du tapping en cachette dans sa chambre avec sa guitare en écoutant Van Halen au casque. L'ampli sur 11.
Acte. Attention, il y a un mode d'emploi (ça, c'est de Wini).
Indiquer le nom de la personne avec un lien vers son blog.
Ca, je viens juste de le dire, c'est Wini.
Prendre le livre que l'on lit actuellement (ou que l'on préfère) et l'ouvrir à la page 123.
Là, je viens d'avoir une grosse sueur froide parce que mon livre, que je viens juste de terminer, n'a que 129 pages. Ouf !
Page 123. Recopier le texte de la 5ème phrase et des 3 suivantes.
Là, ça fait mal : "A peine le cours du récit a-t-il pris une direction susceptible de me révéler certains recoin obscur de mon âme, je change aussitôt de sujet, passe au chapitre suivant et commence par me lamenter sur mon misérable sort. Il n'est pas difficile d'en deviner la raison. Voyons, par exemple, pourquoi il m'est échu, à moi, petit guitariste qui ne faisait que marquer la cadence dans un groupe de rock de province, de me débattre contre d'insolubles problèmes métaphysiques." Pfff, presque autobiographique ce truc. C'est fou.
Indiquer année de parution, édition, titre et auteur du livre.
1992, réédition 2006, Les Editions Les Allusifs, Guide de Mongolie, Svetislav Basara.
Choisir 4 autres blogueurs/blogueuses et leur demander ce qu'ils lisent...
Retour de bâton oblige, BritBrit, tu ne vas pas y couper. Et puis, dans le fond, je fais ça pour ton bien.
La Blonde, pour me faire pardonner de tous mes doutes capillaires.
Miss 400, parce que un peu d'activité que diable !!!
Amélie, parce qu'elle a un appartement à vendre, et qu'on ne sait jamais.
15:01 Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : tag, blabla, lecture, littérature
20 septembre 2008
Les bars me servent à garder le nord
Découvrir une ville c'est toujours fascinant. On est là, on s'y promène le nez en l'air alors que dans quelques mois on y déambulera le nez rivés sur ses godasses. Il faut d'abord apprendre à s'y repérer, l'arpenter, se paumer, se retrouver. Deux trois bâtiments ou lieux emblématiques suffisent : une grande artère, un immeuble d'architecte, un bistrot, surtout un bistrot.
C'est vrai, la plupart du temps on rejoint les gens pour quoi ? Siroter un café, se jeter deux ou trois mousses. Donc, on se rejoint au comptoir ou en terrasse, selon l'heure de la journée. Et selon l'heure de la journée, grisaille ou pas, humeur, on se rejoint ici ou là. Ascenseur, John Mc Byrne, Vestiaire. "Putain, c'est où votre bar là, je connais pas?" "Ben, tu vois La Bodega ? Tu passes devant, tu prends la première rue à gauche et tu fais 300 mètres. Tu nous verras, on est en terrasse." "Ok, ça marche, à toute." Ma boussole : les bars déjà écumés. Pas besoin de GPS, penser à l'odeur d'un café fumant ou d'un frais houblon me suffi. Tout en sachant que j'aurai ce sourire niais en travers de la figure quand je poserai mon cul sur une chaise du troquet.
Et puis, des fois on se perd, explications foireuses obligent on galère, on découvre d'autres bars, on se dit que celui-là à l'air plutôt pas mal avec sa devanture underground, ou que cet autre est un espèce de repaire de soiffards mal famés. Il y a les bars dans lesquels on sait que ne mettra jamais un orteil, ces bars préboîtes à pétasse encadrés par des néons criards dans lesquels on ne s'entend pas, et d'autres, des petits havres de paix, des café-concerts dans lesquels on se dit qu'il faudra venir y faire un tour.
J'aime bien ça. Je sors, je marche, découvre des petites niches de verdure, des coins à photos, des coins pour lire, des coins pour faire le vide, des coins pour zoner, des coins pour sortir de chez moi. Une ville c'est ça au fond : un ensemble de petits coins à soi.
14:03 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : bar, ville, blabla, bière, café
17 septembre 2008
Un saucisson sec dans la penderie
J'ai un problème avec le saucisson. Souvent, le saucisson sec n'est pas sec. Sa mollesse n'a d'égal que son petit côté grassouillet. Le saucisson se mange sec et maigre, n'en déplaise à Justin qui nous refourgue ses bâtons de merde. Une amie m'a offert un saucisson. Venant du marché, je me suis dit qu'il serait bien sec. Que nenni, il était plus mou que mou. Presque flasque, il courbait l'échine dès qu'on le saisissait par une extrémité. J'en ai coupé quelques tranches. On a mastiqué. Il était bon, mais sa texture laissait penser qu'on venait d'enfourner le premier chewing-gum Hollywood, goût saucisson.
Tout est un peu mou aujourd'hui. On nous refile que ça, des trucs mous : programmes télés, Raymond Domenech, du beurre, des ventres, des moutons (ou des mous thons)...
C'est alors que j'ai eu la brillante idée de le faire sécher pour qu'il soit au poil pour le prochain apéro. J'ai cherché un endroit sec et sombre. Ayant un placard penderie à balai un peu fourre tout, j'ai l'y ai suspendu à un cintre, entre une veste miteuse et la planche à repasser. Et puis, je l'ai oublié là. Entre temps, 'en ai même racheté un de saucisson.
On a sonné à la porte. J'ai ouvert la porte, et puis je leur ai dit de mettre leurs vestes dans la penderie. Un cri a retenti, des éclats de rire ont fusé. Avec un air de dégoût, Marie tenait mon saucisson (tout sec) entre le pouce à l'index, le bras tendu dans ma direction. Les autres se marraient comme des bossus derrière.
- C'est quoi ça?
- Ben, un saucisson, comme tu peux le voir
- Qu'est-ce qu'il fout là?
- Il sèche.
- Il sèche?
- Ben ouais, il était pas sec, donc j'ai décidé de le faire sécher pour qu'il soit meilleur.
- T'es un grand malade, t'aurais pas pu le mettre ailleurs?
- Non, c'était le meilleur endroit. Sombre et sec. J'allais pas le mettre à sécher avec mon linge fraîchement sorti de la machine. J'aurais pué le saucisson, alors que d'habitude je laisse derrière moi une douce odeur de Jean-Paul Gautier.
- Et tu veux que je mette ma veste dans ton placard là?
- Ben ouais. Ca ne sent même pas. Mais donne je vais le mettre avec mes habits.
- Je préfère.
Morale de l'histoire : à force d'acheter du saucisson pas sec, on risque de perdre ses amis. Finalement, il était vachement bon ce saucisson.
11:06 Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : cuisine, blabla, saucisson, domenech, gastronomie
09 septembre 2008
Il a fallu ça...
La larme s'est étirée pour former une perle oblongue qui a coulée le long de ma joue. J'ai réalisé, enfin. Ou plutôt, j'ai pris toute la mesure de cette rupture. Là, seul dans ce salon qui aurait dû être notre salon. D'un coup, au lieu de tout conjuguer à nous, tout est devenu je et moi, jeu d'émoi. Quitte de quitter sans tiquer, ce n'était pas moi.
Il a fallu ça. Vivre là, sans y être. Ou y être sans vivre là, comme un paradoxe amer sans amarres. Tout s'est écroulé. Des sentiments qui s'étiolent et s'éffilochent pour ne plus retenir grand chose. Un fil plus que mince qui s'ébroue à terre une fois cassé.
Il a fallu ça. Déraisonnablement y croire sans y croire. Cramer ses dernières cartouches dans l'espoir d'une vie qui redémarre. Louvoyer dans les méandres de sentiments diffus et confus pour finir sur le cul.
Il a fallu ça. Que cette histoire se finisse le jour où j'ai refermé Le Cent ans de solitude Gabriel Garcia Marquez. Et qu'En Route pour la joie résonne derrière ses pas.
Il a fallu ça.
02 septembre 2008
Les stars, ça facilite l'intégration au travail
Je n'ai jamais trop aimé les premiers jours de boulot. On fait la tournée des popotes avec le chef tout en sachant très bien qu'on ne retiendra pas le nom de la trentaine de personnes qu'on va nous présenter ; on se demande si eux vont retenir les nôtre, voire tout juste imprimé notre tronche dans leur rétine ; on se demande aussi où sont la machine à café et les toilettes. Bref, on fait connaissance, on se fait expliquer le taf, et bien avant que tout le monde n'ait vidé les lieux on nous dit que peut rentrer à la maison.
C'est ni drôle, ni chiant. C'est juste nouveau. Et comme je suis un peu timide, je pense toujours que les gens ne se souviendront pas de moi, surtout quand c'est grand. Et puis, au milieu de cet torpeur, il y a un mec qui est rentré en faisant un de ces barouf : "Salut la compagnie, c'est les vedettes de cinéma". Je me suis dit que c'était encore un rigolo qui aimait bien se faire remarquer en faisant le con, parce qu'il ne travaille pas très bien et qu'il n'y a que comme ça qu'il peut se faire remarquer. J'avais déjà dû m'en farcir deux ou trois dans la matinée, un de plus c'était un de trop.
J'ai pivoté de 90 degrés sur moi-même, et ils étaient trois. La vague impression de les avoir déjà vus quelque part, un timbre de voix plus ou moins familié, voilà que je me retrouve nez à nez avec Kad Merad et Clovis Cornillac (le troisième c'était christophe Barratier mais ça, je ne l'ai su qu'après). Comme je n'ai pas trop l'habitude de voir des stars, tout émoustillé que je suis, je garde la bouche à moitié ouverte retenant mon souffle comme pour mieux figurer mon air hébété. On leur avait dit de venir nous dire bonjour. Quelle délicate attention.
Il y avait Kad donc, avec ses Ray-Ban Aviator, ses souliers impeccablement vernis et sa petite vete en velours cintré. Un peu grande gueule, pas trop capable de sortir de son rôle d'amuseur public. Et à côté, il y avait Clovis Cornillac, plus timide, plus simple, moins enclin à la gaudriole, mais plus franc. Et ne parlons pas de Christophe Barratier, complètement effacé derrière ce duo.
Ca a changé le cours de l'après-midi, chacun donnant son avis sur l'un et l'autre, ou les deux. Ca a exalté un peu tout le monde - sûrement pour une question d'h'ormones. "Quel homme ce Clovis Cornillac", "Kad il est pas mal non plus", "Ah non, là, il faisait un peu macro avec ses lunettes et tout". Oui, je travaille avec beaucoup de femmes vous l'aurez remarqué. Mais, mine de rien, cet épisode de deux minutes a changé le cours de la journée. Sans eux, mon intégration aurait peut-être été un peu plus longue.
21:06 Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : travail, blabla, stars, people, kad, clovis cornillac




























