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29 février 2008

Laisse béton Dédé, je suis à la Manoeuvre

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Dans la série je n'aime personne et c'est tous des cons sauf moi : le jury de la Nouvelle Star. Avec mention spéciale pour Philippe Manoeuvre.
Philippe Manoeuvre c'est un peu une partie de ma jeunesse, quand je dévorais Rock&Folk, quand j'étais dégoûté de ne pas avoir connu Métal Hurlant. Et puis j'ai pris du plomb dans la tête et je me suis rendu que que ce mec était relou. Et puis il a retourné sa veste. Il a dézingué la télé réalité, s'est érigé en parangon du Rauck, comme il l'appelle. Le rock, ce truc noble, cet art de vivre, avec tous ces clichés aussi glorieux que pathétiques, ses bouffons et ses génies. Et ça a fait pschitt, comme une bulle de champagne, comme un pet foireux. Il fait le mariolle chez M6 Mad Manoeuvre. Tocard va!

Ah Philippe, ce que tu me déçois. Déjà que j'ai arrêté mon abonnement à ton magazine, là je te retrouve à la télé avec ton pauvre accent déniché quelque part entre l'Ouzbékistan et la Laponie. Tu parades devant des poufiasses R&B, qui n'ont aucune conscience de la signification de ces deux lettres, tu exhibes toute ta collec de Ray Ban et Wayfarer que t'es même pas foutu d'enlever pour faire voir tes petits yeux fielleux, rabougris par la coke. Quel toupet, quel manque de respect. Tu te dandines dans ton petit perfecto Hedi Slimane à côté d'un sous fifre de Deleuze, d'une meuf maquillé comme Régine qui chantait "Bananananana, bananananana banana split", et un autre qui se prend pour un petit génie du funk français, mais qui est resté scotché dans un pop funky monochrome. Ca colle pas, il y a un truc qui cloche. C'est pas très rock'n roll tout ça Philippe. Tu chies dans la colle mec.

Ca me fait marrer de le voir là, à écouter des nymphettes bramer du Amel Bent, brailler du Grégory Lemarchal ou danser la tektonik en triturant du Mat Pokora. Personnage truculent Manoeuvre? Bof, il peut être marrant, à côté de la plaque, il l'est assurément. Vendu à la solde de tous ces chiens de capitalistes. Manquerait plus que l'année prochaine t'emmène Patrick Eudeline dans ton étui à guitare, s'il est encore vivant. Encore mieux que Tchin Tchin d'Afflelou, ça nous fera deux paires de Ray Ban pour le prix d'une.

Oui Philippe, tu vantes tous les mérites des petits labels, du rock indé dans les pages de ce qui a longtemps été ma bible, mais il ne faut pas oublier que la Nouvelle Star est une émission de variétoche grand public. Je l'admets, le gars Julien m'a bluffé l'année dernière, mais bon, le but derrière tout ça, ça reste le business. C'est loin de l'undergrOUnd (insiste bien sur le OU l'ami) cher à ton coeur Philippe, de tes t-shirts de Monster Magnet ou des riffs à la tronçonneuse de Motorhead, que tu chéris tant. Oui, tout ça c'est du blabla, c'est pûrement partial, c'est rancunier pour tous mes courriers incendiaires que Rock&Folk n'a jamais publié, mais Manoeuvre, c'est fini, t'es pourri. Je te déteste, je te conchie et je te renie à jamais. Mais tu t'en fou, t'as raison, vu que maintenant avec tes nouveaux potes de la télé, vous êtes ENSEMBLE, comme chante si bien Sinclair.

27 février 2008

T'as une tâche, pistache....



Lundi matin 9 h 15 : j'ouvre un oeil, puis l'autre, c'est dur, mes paupières sont lourde. Je regarde l'heure. mon réveil n'a pas sonné. ALERTE GENERALE. je dois être au boulot à... 9h30

9h17 : Aller-retour dans la douche, tellement rapide que je suis passé entre les gouttes. Ouf, manquerait plus que je sois mouillé en plus.

9h19 : je me casse la gueule en enfilant mon futal, j'enfile des chaussettes dépareillées, boutonne ma chemise. Je fais pas gaffe, je mets une converse blanche avec une grise. Tant pis, pas le temps, These fuckin' boots are made for walkin'?

9h21 : Petit brin de toilette rapide. Je me brosse les dents, j'en mets partout. Une petite goutte de dentifrice perle le long de ma lèvre et viens se scratcher en plein milieu de ma chemise. Non, pas ça, pas maintenant, c'est vraiment pas le moment. C'est truc là ça arrive tout le temps quand on n'en a vraiment pas besoin.

9h23 : je mets ma piaule sens dessus-dessous. Et merde, j'ai rien d'autre de propre, tant pis. Un peu d'eau, un peu de savon, j'étale bien le dentifrice et me voilà parti pour fanfaronner avec une flaque dentifrico-savonneuse sur le poitrail. Tant pis, pas le temps.

9h25 : j'enfourche ma byciclette. Je pédale comme un dératé. Je manque de défoncer papi et mamie qui sortent de la boulangerie avec un pain de deux. Chevauchant mon fidèle destrier à toute berzingue, je roule un peu sur les trottoirs, un peu sur la route, balance un ou deux doigts d'honneur à des automobilistes réfractaires à mon pilotage. "Espèce de feignasse, fait un peu de vélo gros lard, tu verras ce que c'est de vivre dangereusement. Et puis, moi, je protège l'environnement. Je suis un citoyen respectable. Oui, oui, parfaitement monsieur!!" Idiot-bête va.

9h32. Terminus. Yes, je suis à l'heure, enfin presque. Mon chef n'est pas tatillon, mais presque. Deux minutes de retard, ça me vaudrait presque un stage d'ériture en Sibérie, planté dans un Goulag entre Trotsky et Soljenitsine Je dégouline de sueur. J'ôte ma veste, me chemise est trempée, une marre de transpiration sous chaque aisselle. Les cheveux en bataille, je me rends compte que j'ai mis mon jean largement entaillé à l'entrejambe (Oops, I did it again, version Richard Thompson, merci), ma chemise est boutonnée lundi, mercredi, bref elle penche sérieusement d'un côté. Et puis cette tâche, genre étalage de yaourt périmé. La touche, je ne suis même pas présentable, aussi bien attifé que Laurent Romeschko après une ligne de camomille.

- Tiens, v'là le plus beau, balance un collègue. C'est bien, t'as du stayle aujourd'hui Antoine, balance-t-il pour se foutre de ma gueule, vu que d'habitude c'est un peu le contraire.
- Putain de réveil de merde, il a pas sonné.
- Ouais, à d'autre.
- Non, mais je te jure, les plombs ont sauté, donc il ne pouvait pas sonner...

La voix de stentor de mon redac' chef rugit de derrière moi
- Ben, Antoine, qu'est ce que tu fais là?
- Ca se voit pas, mais je viens travailler
- Mais tu n'es pas au planning, tu ne travailles pas aujourd'hui...., dit-il avec un sourire sardonique me faisant la nique au coin de ses lèvres.
- Pardon, c'est une blague là Maurice (le nom a été changé afin de préserver l'intégrité des personnes)? Tu déconnes?
- Non, va jeter toi-même un oeil au planning.
Et là, c'est fou-rire général, j'ai juste envie de m'enfoncer sous terre, de disparaître, enfin d'être partout sauf ici. Je ne trouve aucune connerie à dire... j'ai honte.

C'est vrai, je ne bossais pas. Il y a des jours comme ça...

25 février 2008

Ravalement de façade

Non, lecteur tu ne t'es pas perdu, c'est juste que j'en avais marre de l'ancien modèle. Au bout d'un moment noir et orange, c'et soulant, ça fait mal aux yeux. Un blog, c'est un peu comme une chambre d'ado, on se lasse, donc tous les 6 mois on en change la disposition et on a l'impression de vivre dans un nouvel endroit. Alors voilà mon nouveau chez moi, mon home sweet home 2.0. Welcome.

23 février 2008

J'aimerai bien être concierge

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J'aimerai bien être concierge. Pourquoi? Parce que l'Elégance du hérisson. Logique, non? Pas logique? Qui, que, quoi? non, je ne suis pas fou. J'aimerai bien être comme Madame Michel, concierge dans un hôtel particulier pour bourgeois cramoisis. Comme elle, je les regarderai avec un regard gluant et inexpressif, comme pour mieux leur suggérer la fulgurance d'une banalité abrutie et d'une quotidienneté ringarde. Et puis, je me réfugierai dans mon arrière loge entre mille livres, disques et cassettes VHS, dont les bandes ont été abîmées par des visionnages à répétition. Ils me croiraient bête comme mes pieds, et moi, rabougris dans un vieux survet' version les Verts de 1970, dans mon for intérieur je me ficherais pas mal de leurs tronches à ces aristocrates péteux. Nous aurions tous la même vision les uns des autres, des ratés.

Hormis les corvées et l'impolitesse, voire l'irrévérence de ces petites gens, qui se croient si grandes mais qui se révèlent des esprits si étriqués, je m'occuperai des fleurs et de mon petit jardin intérieur. Ils me croiraient rustre philosophe de comptoir, et moi je leur ferait la nique en détournant leur courrier à grand coup de boules puantes ou en passant un coup de tondeuse sur leurs clébards mieux nippés que le clodo du coin de la rue. Je leur parlerai de la pluie et du beau temps, pour ne rien dire, juste pour eux l'illusion d'avoir une main sur le coeur, si glaciale soit-elle. Après tout, un concierge c'est quoi sinon une espèce de majordome à qui l'on parle mal en déformant des formules de politesse ou avec force dédain.

Dans cette maisonnée de sémillants imbéciles, il y aurait quand même une ou deux âmes charitables, qui me parleraient sans condescendance, juste comme on parle à un autre être humain. Elles me parleraient de la vie, de son sens, de sa philosophie autour d'une tasse de thé et de pâtisseries raffinées, avec une brillante alchimie de vocabulaire et d'humour grinçant sur leur propre monde. Parfois, on se laisserait aller à regarder un match de foot en dégustant quelques bières, accompagnées de pizzas. Et puis, voilà, ce serait juste bien. Mais, je voudrai être dans les beaux quartiers, juste pour avoir une grande loge de 60m2, comme Madame Michel.

Mais quel rapport avec l'Elégance du hérisson me direz-vous? Eh ben, vous n'avez qu'à lire le livre pour en avoir l'explication. Je ne peux pas tout dévoiler non plus, même si je trafficotte toujours un peu la réalité, que je l'enjolive pour rendre mes récits plus grinçants ou savoureux. Mais il y a toujours une question qui reste en suspens : Quelles sont les deux inventions majeures de la culture française et de la culture britannique? Pour Angliches, je dirai les Beatles et cette sorte d'élégance pudibonde à l'humour noir. Pour les Français : un certain raffinement culinaire et un sens del'esthétique arrogant. Mais toi, oui toi là qui lit ces lignes. T'en penses quoi?

16 février 2008

Je me suis fait taguer

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Suffragettes m'a tagué. En gros, le jeu est simple : je dois vous parler de moi en décrivant 6 habitudes / tics qui me caractérisent et passer la main. Genre un peu comme tous ces mails bidons qu'on doit faire suivre si on ne veut pas que s'abatte sur nous le courroux divin d'un quleconque trou du cul. Et vous savez pourquoi elle m'a taguée? Parce que : " j'aime son franc parler et son ton non politiquement correct". Merci pour la flagornerie, j'en suis fort aise.

La première fois que j'ai atterri sur son blog, à Suffraggettes, son pseudo était dans une liste de quinze ou vingt autres. Mais j'ai cliqué sur le sien parce que j'ai pensé à cette chanson démentielle de Bowie : "Suffragettes City". Suffragettes ça veut aussi dire (source Larousse) : en Grande-Bretagne, militante qui réclamait pour les femmes le droit de voter." Donc, je me suis dit que la personne et le blog planqués derrière ce pseudo ne pouvait être que foncièrement bons. Et c'est vrai qu'elle est cool la miss Suffragettes. Du coup, on se renvoie régulièrement la balle par blog interposé. Mais delà à me taguer!!! Alors pour toi lecteur, je vais déroger à mes grandes vertus morales et me plier au jeu. Voilà 6 habitudes ou tics qui me caractérisent :

1. Un grand café au réveil. Je ne peux pas faire sans. Un café avec un sucre, dans un mug. C'est le signe que la journée commence. Avant ça, je navigue en eaux troubles les yeux mi-clos et l'haleine pestilentielle. Mais dès que le flot de café noir inonde ma gorge, là je revis.

2. Ecouter du rock, très fort. Je ne vois pas l'intérêt d'écouter du rock sévèrement burné en sourdine. Le rock, ça s'écoute fort, à fond les ballons. Il y a des chansons comme ça, dès que les premiers accords retentissent, je monte le son. J'y peux rien, j'ai ça dans le sang. J'ai jamais écouté Henri Dès, à la place, j'ai été biberonné à Led Zep. Comment il peut en être autrement.

3. Corner la page d'un bouquin. le marque-page est un truc qui n'existe pas dans ma vie. Je corne systématiquement la page, en haut à droite, des bouquins que je lis pour ne pas en perdre le fil. C'est un truc que j'ai toujours fait, alors même qu'on m'a toujours refourgué des marque-pages ideux avec les bouquins que j'achetais. C'est vrai, c'est tellement moche les marque-pages.

4. Commencer à lire le journal par la fin. Tous les trucs qui m'intéressent dans un journal sont à la fin : la culture, le sport et la télé. Quand j'ai commencé à bosser dans la presse tout le monde me regardait bizarrement en me disant : "Mais qu'est ce que tu fais?" Comme si en procédant de la sorte, je blasphémais, je reniais la sacro-sainte information. Désolé, mais les mauvaises nouvelles, c'est pas ma came.

5. Acheter des disques. J'ai téléchargé une fois de la musique. C'était une chanson de Bernard Ménez (Je me prends pour Al Pacino), pour un collègue de boulot. Je préfère fouiner dans les bacs. C'est d'autant plus jouissif de dégotter un disque que l'on cherche depuis 2 mois. J'ai des potes qui font la course aux gigas, mais quand je trifouille dans leurs disques durs je leur dis souvent : "Tiens t'écoutes ça toi?" La réponse est souvent la même : un NON sonnant et trébuchant. Saint-John-Lennon, ayez pitié de leurs âmes.

6. Personne ne m'appelle par mon prénom. C'est comme ça mais je m'en fous, tout le monde m'appelle Bernie. Rien à voir avec le film. En des temps reculés, en 6e, pendant les cours de maths de notre prof nazi, avec un pote on a créé une BD qui s'appelait : les Aventures de Bernie La Mouche. Comme j'avais des binocles pas possibles à l'époque, on m'a tout de suite comparé à Bernie La Mouche. Et puis c'est resté, et puis tout le monde m'appelle comme ça. Un jour, ma petite Lucie adorée m'a envoyée une lettre d'Allemagne au nom de Bernie. Eh ben je l'ai reçue parce que même mon facteur m'appelait comme ça. J'adore, c'est tellement rock'n'roll.

Je ne passerai la main à personne, parce que j'aime bien faire chier le monde aussi.

La littérature de gare, un truc de con?

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J'arrive à la gare, merde, le train à 1h de retard : problème technique, ce qui en langage de cheminot signifie qu'un désespéré s'est fait déchiqueter par un TGV. Fait chier, je me suis pressé pour rien, et puis j'ai rien à lire. Va falloir poireauter. Qu'à cela ne tienne, je me dirige chez le marchand de journaux et fonce au rayon livres, car dire rayon littérature serait usurpé.

J'ai toujours mes écouteurs dans les oreilles et je fredonne bruyamment Lost Organ des Hushpuppies : "Come on now baby, here I come, Come on and get me now". A savoir si c'est moi qui allait prendre le livre ou si c'est le livre qui allait me happer? Je dévisage les rayons, les trombines sur les couvertures et les noms des auteurs. C'est pauvre. Très pauvre. Au ras des pâquerettes : Ana Gavalda, Marc Levy et tutti quanti. Toute la bande des porte-plumes cul-cul-la-praline qui squattent les meilleures ventes de la Fnac est là, à mon grand regret.

Un petit papi se porte à ma hauteur, un peu rabougri mais l'oeil encore vif sous sa casquette de plouc. Et c'est pas peu dire car il est entraîné le bougre. D'abord il matte les étals avec sérieux, chope un ou deux ouvrages pour en déchiffrer la quatrième de couverture. Là, il a fait deux pas sur la droite pour arriver à hauteur d'un rayon que je n'avais pas vu et qui laisse à contempler des chaudasses en petites tenues et des pin-ups à gros nibards. Il salive, trépigne, ne tient plus en place. Je le toise avec un sourire en coin prêt à lui mettre une bonne bourrade dans les côtes et à lui lancer : "Alors papi, toujours vigoureux. Petit polisson va! Allez, file avant de te faire tricard par bobonne." Avec une dextérité maintes fois éprouvée, il croche dans "Chaleur torride sur Kaboul", paye son dû, qu'il glisse sous son imper, et sort comme un gamin honteux d'avoir chiper trois fraises tagada à la boulangerie.

Amuser par la scène je tombe nez à nez avec "La Fascination du pire", de Florian Zeller. Cette rencontre fortuite m'amuse et je me mets à faire un inventaire de ce pire qui s'agite sous mes yeux, c'est à dire le choix qu'on m'offre. Une image pas loin du néant. La littérature de gare porte bien son nom. C'est un geste noble de lire ou d'amener à la lecture. Mais pitié, messieurs les libraires de gare, faites des efforts : ayez la décence de vouloir astiquer la jugeotte de vos clients en leur proposant des lectures autres que SAS ou Jean-Pierre Foucault. Un rot monstrueux retentit dans mon dos. Je me retourne. Un gros moustachu aux bésicles fumées, genre chauffeur de poids-lourds obsédé sexuel aviné, se gratte le derche en reluquant la couv de Max. "M'enfin, c'est sûr que tous les clients ne se valent pas", je me dis.

Je finis par dégoter "Les Bienveillantes" de Jonathan Litell. Seul livre digne d'intérêt au milieu de ce fatras d'impressions impies. Je retourne le bouquin et une grosse étiquette orange, que je croyais confinée à l'épicerie du p'tit rebeuh d'en bas de la rue, me dis qu'elle va me détrousser de 12€. "Putain, 12€ pour un poche. Mais c'est carrément du vol" éructe ma petite voie intérieure enragée. Bon, il y a 1400 pages, mais quand même. De toute façon j'ai pas le choix. C'est ça ou un livre de con alors... Alors, laissons la littérature de gare où elle est. Et surtout, qu'elle y reste. Je me plonge avec bienveillance dans la prose de Litell.

11 février 2008

Mon genou est enceinte???

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Toujours embêté par mon genou après mon accident de ski, je m'en suis retourné voir le toubib. Le genou ressemblant à une patate OGM avec une cicatrice en travers, je suis allé faire des radios. Rien au radio, pas de corps étranger, juste un petit épanchement.
- Euh, doc, c'est quoi un épanchement???, je lui demande.
- En gros c'est un truc qui fait que le genou gonfle, une poche de liquide, de sang ou une inflammation. En attendant, pas de roller. Pigé?
- Ouais, ouais, j'ai fait. Ca me faisait chier plus qu'autre chose.
- Tu vas faire une échographie.

J'ai rien dit, juste susurrer un petit OK. Pour moi, une échographie c'est un truc que les filles font quand elles attendent un bébé. Mon genou est enceinte? Non... Pas possible. De quoi? Un bébé genou, un alien, un rubicube. Je suis prêt à tout entendre. Le toubib griffonne son ordonnance à la pointe de son stylo Mont Blanc et trois jours plus tard me voilà dans la salle d'attente de la clinique pour faire l'écho comme on dit dans le milieu. Comme par hasard, je suis entouré de deux femmes enceintes, chacune accompagnée de deux marmots braillards en train de gesticuler dans tous les sens. J'en aurais bien pris un pour taper sur l'autre, mais c'est interdit par la loi. J'ai étendu mes jambes dans l'idée de faire en croche-patte sans en avoir l'air, un des gosses s'est empalé dessus, quelques larmes et le silence, enfin.

Et puis, une vieille infirmière décrépie est venu m'appeler. Je l'ai suivi, me suis déssapé et allongé sur une table. On m'a étalé un espèce de liquide visqueux sur le genou. Ca me faisait penser à du sperme. Et vu la taille du flacon, je me suis dit... Non rien en fait, c'est dégueulasse. Le doc m'a passé le genou à la sonde. Je me suis dévissé le cou pour essayer de voir ce qu'il y avait sur son écran. A part du noir, du blanc et des traits, rien.
- Mon genou est enceinte? Il accouche quand?, je lui ai demandé pour rigoler.
- Très drôle. "Pauvre con", j'ai pensé. Dix ans d'étude pour étaler du sperme synthétique sur les gens, regarder la télé et gagner plein d'euros, franchement il pourrait être plus avenant le bougre. Une échographie ne sert pas seulement pour les femmes enceintes, mais pour toutes sortes de choses : les articulations, déceler des appendicites, etc..., m'a-t-il expliqué sur un ton très professoral. Il voulait m'apprendre la vie un peu, je crois.
- D'accord, j'ai fait en dodelinant la tête pour le remercier d'avoir remédier à ma bêtise. Mais ça en fait, je le saivais déjà. Ahahah
- Il n'est pas enceinte, mais vous avez un épanchement de synovie.
- De synoquoi? Kezako?
- Un gonflement du genou dû à une fuite de liquide synovial, qui sert à lubrifier les articulations.
- Comme une fuite d'huile sur une voiture quoi?, me suis-je enquis avec un côté très pragmatique.
- Oui, en quelque sorte, a-t-il répondu en me toisant méchamment. Mais c'est un peu plus compliqué que ça.
- Forcément...

Il n'a pas dû apprécier que je le compare à un mécanicien. Je l'ai vu à sa tête. Quel blasphème, lui un vulgaire travailleur manuel, que nenni. Pourtant, qu'est le corps humain sinon une mécanique naturelle? Il était content de me voir repartir et de retourner à ces femmes enceintes ce vieux schnok. "Un mécanicien... et pourquoi pas un menuisier tant qu'on y est." Je suis sûr qu'il s'est fait cette réflexion. C'est pas comme ça qu'on va faire évoluer les mentalités, hein doc?
Enfin, je suis rassuré, mon genou ne va accouché de rien. C'est dommage, ç'aurait pu être un grand pas pour la médecine.

07 février 2008

Mon meilleur pote s'appelle Connard

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"Hé connard! Tu peux débarrasser mon plateau s'il te plaît." C'est comme ça que le gars a apostrophé son pote dans le Mc Do. Pas sympa. Vraiment pas sympa. J'ai failli m'étouffer en avalant un de ces étouffe-chrétien de nuggets. J'ai levé le nez de mon ordi pour regarder le zouave de plus près, pas le connard en question, l'autre. Il avait tellement de pento dans les cheveux qu'il devait être atteint d'une déficience gomineuse de la caboche. C'est qu'à trop forte dose, ça pénètre le cuir chevelu cette saloperie là et ça fini par gélifier la matière grise. Mouais, encore un tocard hyper-looké dans les 15 ans, jean délavé de chez délavé, déjà neuf mais déjà troué, t-shirt moulant rose pâle, air max. Pas très ragoûtante la bête. Et les trois greluches qui gloussent à côté... F'rez mieux d'aller révisier vot' Brevet bande de p'tits salopiauds

Bref, Connard opine du chef, sourit comme un benêt, prend ledit plateau et le benne aux ordures. Il tance son pote, mais rien. Une mère de famille effarée dissèque la scène avec la même stupéfaction que moi.

Mais, pour comprendre, il faut noter la subtilité antinomique de la phrase. La brutalité du Connard en symbiose avec la douceur du s'il-te-plaît. Pas "steuplé", mais "s'il te-plaît", prononcé de manière délié et intelligible. Une incohérence subtile qui donne une certaine saveur à cette phrase, que les deux djeun's auront intériorisée, mais sûrment pas relevée. Du coup, je me dis que ça doit être une marque d'affection. Parce que, quand on insulte quelqu'un, on n'utilise rarement des formules de politesse. Les va te faire mettre sont peu souvent exprimés avec déférence et bonhomie. Ou alors, Connard est un bouc-émissaire qui se fait des amis comme il peut dans la cour ingrate de son bahut. Pourtant, ça n'a pas l'air son genre.

"Y a plus de jeunesse", comme disent les petits vieux dans le journal de Pernaud. Oh que non, ni de saison mamie. Enfin si, mais oui, mais non... Il y a une jeunesse, mal sapée, pas très futée, qui danse la tektonik, certes, mais une jeunesse quand même. Mais ne vous inquiétez pas Madame La Vieille Bique, ils ne sont pas tous comme ça. Il y en a des biens, qui tirent leur épingle du jeu, vont à des concerts de rock et lisent des livres. Tout n'est pas encore perdu.
Enfin, je repense à Connard et je me dis : Si ses parents savaient ça...

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