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20 août 2007

J'ai la guitare qui me démange

 

Bien sagement assis sur mon lit en train de contempler mon nouveau Mac tout frais tout beau, encore enlacé par son écrin de carton, ma chaîne hi-fi crachouillait un air de Biréli Lagrène. Je fus tout surpris quand mon padre me lança : "c'est vachement bien ce que tu joue Antoine." Il y a erreur sur le personne là. Ca fait six ans que j'ai une guitare que je dois tripoter deux fois par mois, donc aligner deux accords de jazz manouche pour moi c'est un peu comme si un cul de jatte essayait d'escalader l'Everest. Emprunt de cynisme je lui est rétorqué "t'as vu comment chuis balèze Pa, en plus j'ai appris ça tout seul". Dix secondes après, ça partait dans tous les sens et il a compris que je me payais sa tronche, comme un peu trop souvent d'ailleurs.

Le petit épisode passé, ma gratte m'a fait de l'oeil. Je l'ai toisée furtivement comme pour lui faire comprendre que je n'avais pas que ça à foutre. Je préfère faire du Air guitare tout seul dans ma piaule sur du AC/DC, ça fait moins mal aux doigts. Ben ouais, la guitare ça fait mal au doigt, surtout la mienne, autant se frotter le bout des doigts sur du scotch brite. Comme elle se montrait insistante, je l'ai prise au creux de mes bras, pour lui gratouiller le bas ventre. Elle s'est mise à ronronner, de ce son métallique qui la caractérise si bien. J'ai repris mon bouquin La guitare pour les nuls, je l'ai feuilleté, jouant air par-ci, un air par-là. J'ai ressorti les partoches moisies que mon prof m'avait filé quand j'étais en terminale, à l'époque où je prenais des cours avec ce ventripotent virtuose de la six cordes.

Quand on commence la guitare, on se dit que dans six mois ce sera bon. Qu'on pourra jouer Hendrix et Led Zep les doigts de pied dans le nez, qu'on emballera grave pendant les soirées sur la plage auprès d'un feu et qu'on pourra s'acheter un strat pour jouer du Nirvana à toute beurzingue. Que nenni. La vérité est toute autre. On passe plus de temps à refaire le monde étriqué du rock avec son prof qu'à enchaîner les barrés, et au bout de six mois, on est incapable de jouer trois morceaux en entier. Moi, dans tout ce que je fais, j'ai envie d'être bon tout de suite. Sans souffrir, sans apprendre. Et franchement, ça marche pas.

J'ai longtemps rêvé que si un jour je trouvais la lampe d'Aladin, je ferai les trois voeux suivants : 1 - devenir une rock star, 2 - ne plus avoir aucun problème physique dans mon petit corps biscornu, 3 - Qu'il n'y ait plus de guerre sur la terre (la bonne blague). J'ai lustré toute les lampes de la maison, celle de chez mes potes aussi, ce bon vieux foutu génie devait pioncer comme un rat mort parce qu'il n'a jamais daigner sortir pour écouter mes doléances. On nous fait vraiment gober n'importe quoi quand on est gamin.

Mais pour en revenir à ma guitare qui prend la poussière dans un coin de ma piaule au milieu de mes cartons de cours jaunis et de bouquins cramoisis, elle se rabougrie. J'ai beau ne pas en jouer, je m'y raccroche. Je refuse de la vendre, ne l'échangerai pour rien au monde. Bon si on me propose une Gretsch de Brian Setzer ou une strat de Clapton pourquoi pas. Mais au fond, je crois bien que je suis comme Yves Duteil : j'ai la guitare qui me démange.

14 août 2007

Question sur la page blanche

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Les écrivains, les compositeurs et les pseudos artistes sont souvent emmerdés par les journalistes de pacotille qui les questionnent sur l'éternel syndrome de la page blanche. Ben ouais, qu'est ce qu'on fait quand on est tout seul face à une feuille blanche en proie à une crise hémorroïdale aiguë? Choix 1 : on va aux chiottes et on s'y barricade avec le stock de PQ d'un paquebot qui part en croisière sur la Pacifique. Choix 2 : on fait une longue diatribe sur les hémorroïdes, une sorte de poncif, ou une ode au trou du cul qui pourrait service de notice pour remplacer la posologie des dragées fuca. Choix 3 : on se bourre la gueule pour oublier, ce qui vaudra à l'immaculée feuille blanche d'être souillée par du gros rouge qui tâche, parce que le rebeuh du coin de la rue n'avait pas de Mouton-Rotschild.

Dès que je regarde une émission qui se targue d'être  "culturelle" à la télévision, je me gausse et j'attends toujours cette question incontournable pour tout gratte papier enfermé dans les standards d'une interview prémachée par un sous-fifre neurasthénique. Qu'il s'agisse de Guillaume Durand ou d'un autre pedzouille mediatico-branchouille (au hasard Ariel Wizman ou Michel Field), inénarrable pédant et infatigable débiteur de laïus soporifique, les journalistes trouvent toujours un moyen de caser leur question subversive sur la fameuse page blanche, comme s'il s'agissait d'un haut fait d'arme préfigurant une nomination au Pulitzer. 

Il suffit d'observer les mines déconfites des questionnés pour comprendre que la question, même posée de manière un tant soit peu élégante, a le don de plomber l'interview et que le mec serait bien plus peinard à écrire descontrepèteries pornographiques. Promo oblige, il se prête au jeu, débite un discours éculé et maintes fois étendus par tout le monde. Seul le journaliste concupiscent jubile, une bosse se dessine à l'entrejambe, et il choisit de se lever pour saluer son invité alors qu'on lui hurle dans son oreillette de rester assis parce qu'il a la trique d'un mec qui aurait ingurgité 12 boîtes de viagra.

Les journalistes sont bien plus intéressés par eux-mêmes que par le mec assis en face d'eux. Ils s'adorent, se mirent dans leurs interviews, composant à souhait un menu fretin de points d'interrogations dans lequel ils se vautrent comme un Narcisse plongeant dans son reflet. Ils écrivent leur question pour eux-mêmes, tellement ils aimeraient que le gars passé à la questionnette les leur renvoie. En psychanalyse on appelle ça un transfert. Un jour Jean-Louis Murat, dont les fulgurances télévisuelles sont d'une odieuse pertinence, a lancé à ce fieffé pantin de  Guillaume Durand que ce dernier adorait parler de lui même. Ce qui nous a valu un flashback dans la prime jeunesse limite trotskiste de n'animateur. Et ce qui lui a valu à lui plusieurs séances de psy et la déprogrammation de son émission merdique. Avez-vous remarquer que les journalistes partent souvent d'un fait personnel pour poser une question. Gérard Holtz aime beaucoup. Moi non. 

En fait, si je raconte tout ça, c'est parce que devant cette page blanche, je ne savais absolument pas de quoi parler.

01 août 2007

Maradona good, Pelé better, George Best

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Samedi, c'est foot. Et ouais, la Ligue 1 reprend du service mesdames et messieurs. Des contrôles du tibia, des entorses de la chaussettes, Bernard Mendy, un nouveau ballon de plomb, Nancy-Caen, pas de buts, etc, etc. Canal Plus a réinstaller son grand barnum du ballon rond, un alléchant cirque couvant notre football national aussi bien que l'exception culturelle française. Pas besoin de te faire un dessin l'ami.

Moi, j'aime bien le foot, enfin un peu. Pas genre bière, foot, chips, pizza, mais plutôt genre George Best : foot, alcool & rock'n'roll. On dit du foot qu'il est le nouvel opium du peuple. C'est faux. L'opium du peuple ce n'est pas le football, c'est le spectacle médiatique qui le met en scène. Franchement, faux être con pour courir après un ballon et vouloir le pousser dans un rectangle avec des filets. 

En plus, les footballeurs, autrefois hédonistes, sont devenus des fillettes en goguette. Quand on voyait Rocheteau engoncé dans son maillot vert Manu France, ou le petit cul rebondi de Platini se dandiner sur les terrains italiens, ça faisait rêvé. Il y avait une certaine élégance, un culte du beau jeu. Le foot à papa quoi. Celui des Pelé, Cruyff, Platini et autre Eusebio qui sévissaient et que je suis bien trop jeune pour avoir connu autrement que par les récits claudiquants du pater familias. Le foot c'était de la danse, des entrechats dans les surfaces de réparation, des poteaux carrés en finale de coupe d'Europe, des poses de beatniks et des ballons qui défonçaient le crâne à chaque fois que vous faisiez une tête.

Aujourd'hui l'élégance footballistique se résume à Djibril Cissé, une paire de Air Max, des tatouages groteques et deux boucles d'oreille de tarloozes en diamant à chaque oreille. Les footballeurs sont des monstres physiques. Il y a qu'à comparer la silhouette de Rooney avec celle d'un Puskas (non trop vieux pardon), mais avec celle d'un Papin, d'un Van Basten. Des tas de muscles non éduqués à la bienséance footballistique. George Best, c'était la classe. Un joueur agile, talentueux, gentleman sur un terrain et dans les bras des mannequins. Un vaux rien à la fin de sa carrière, joueur oublié par les grands de ce monde. Dommage qu'il fut Irlandais ce con. Putain, naître dans le pays qui a engendré U2 quand on a la classe de Ray Davis ça fout les chocottes. Il aurait été champion du monde en 66 s'il avait été Anglais. Ou peut-être un Beatles.

Ce bon George, dandy éthylique a dit "si le football peut-être considéré comme un art, j'étais un artiste". Pas faux, même très vrai. Il avait cette vitesse d'enchaînement, une adresse devant le but et une habileté dans le dribble qui sied uniquement aux grands de ce monde. Artiste dribbleur, l'ami George portait bien son patronyme sur un terrain. L'arrogance en plus, cette aura rock'n'rollienne qui porte des Bowie vers la gloire mais ce penchant pour la bouteille qui démantibule des myhes comme Régine. "Jai dépensé 90% de mon argent en alcool et en femmes, le reste je l'ai gaspillé". Bien vu George, mais t'as oublié les bagnoles. Enfin tant que t'avais encore ton permis.

Au bras de miss monde, George Best faisait l'affront à l'Angleterre d'être Irlandais, terre d'insoumis, de faux-frères qui avait enfanter ce prodige de la balle. Sans lui Manchester ne serait jamais devenu une équipe de Red Devil's.  Rock star footballleur son pendant serait aujourd'hui Beckham. Ca fait peur. Moins sulfureux, plus lisse, moins talentueux, plus Anglais, tout simplement pas à la hauteur. Lorsque George Best est mort j'ai failli pleurer parce que je savais qu'on n'en ferait plus des comme ça. Le seul qui est à peu près tenu la comparaison c'était Paul Gacogne, Anglais balourd et potache qui en faisait plus un fût de bière sur patte qu'un footballeur étincelant mais maudit. George Best, un rockeur de plus à faire entrer au Rock'n'roll Hall of Fame?

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